Blair Witch (Critique | 2016) réalisé par Adam Wingard

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Synopsis : “James et un groupe d’amis décident de s’aventurer dans la forêt de Black Hills dans le Maryland, afin d’élucider les mystères autour de la disparition en 1994 de sa sœur, que beaucoup croient liée à la légende de Blair Witch. Au départ, les jeunes étudiants s’estiment chanceux en tombant sur deux personnes de la région qui leur proposent de les guider à travers les bois sombres et sinueux. Mais tandis qu’ils s’enfoncent dans la nuit, le groupe est assailli par une présence menaçante. Peu à peu, ils commencent à comprendre que la légende est bien réelle et bien plus terrifiante que ce qu’ils pouvaient imaginer…”

60.000 dollars de budget, un caméscope avec micro intégré, ainsi qu’une caméra 16 mm pour “unique matériel” et une renommée internationale en à peine quelques mois voire semaines grâce à des spéculations et un bouche à oreille fabuleux. Qui aujourd’hui, ne connaît pas The Blair Witch Project ou également nommé : l’inventeur du found-footage ? Un genre aujourd’hui à part entière et constitué de films qui l’utilise sans réellement savoir pourquoi et comment s’en servir. Ces derniers n’assument pas le concept et s’en servent qu’à demi-mesure dans des œuvres périssables mêmes si pour certaines, de qualité. Nous voici aujourd’hui en 2016, dix-sept années après la sortie du film réalisé par Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, en présence de sa progéniture. Qui n’est autre qu’en réalité la seconde suite, mais nous éviterons de parler de Book of Shadows: Blair Witch 2 pour la simple et bonne raison que…je ne l’ai pas vu.

Si The Blair Witch Project a rapidement obtenu le statut de film “culte” c’est majoritairement grâce à son concept. Le found-footage, ici remarquablement utilisé, a permis aux millions de spectateurs de créer de multiples suppositions et de faire en sorte que le film dépasse le seuil de la fiction. La première étant : Est-ce une histoire vraie ? L’on sait aujourd’hui que non, mais en 1999, époque où internet et les divers moyens de communication que nous utilisons à outrance aujourd’hui n’existaient pas ou n’étaient que peu répandus, l’on pouvait être en proie au doute. Aujourd’hui, le spectateur ne doute plus et pour lui faire croire à quelque chose, le faire frissonner il faut avoir de la suite dans les idées. Surprendre n’est plus chose simple, mais certains arrivent tout de même à le faire. Après la société Bad Robots et J.J. Abrams qui ont réussi au dernier moment à surprendre leur monde en transformant le projet The Cellar en Cloverfield 2, voici que le studio de production et distribution Lionsgate et le réalisateur Adam Wingard lui emboîte le pas. Dévoilé sous le titre de travail The Woods, ce n’est qu’en juillet 2016, au Comic-Con de San Diego que le réalisateur a dévoilé à la surprise générale lors d’un panel, que le film se nommait en réalité Blair WitchBlair Witch et non The Blair Witch Project 3, signifiant clairement l’envie de faire du neuf tout en surfant sur la notoriété du film originel. Cependant, Blair Witch est en réalité une véritable suite qui va s’appuyer sur une structure narrative, ainsi que des éléments scénaristiques déjà présents dans le premier film. Éléments qui vont être rendus logiques – avec plus ou moins d’efficacité – par le biais de l’histoire.

Blair WitchBlair Witch


Néanmoins, ce scénario que l’on pourrait qualifier de The Blair Witch Project 2.0 va très largement amputer le long-métrage. Il fait dans la redite et ne va, dans les grandes lignes, en aucun cas renouveler la saga et encore moins le genre. À cause de ce scénario feignant dans ses deux premiers actes, le film n’aura pas la renommée et cette saveur si particulière qu’avait pu laisser le premier film aux spectateurs lors de sa sortie. Sur le plan narratif, le film reprend le même découpage que celui utilisé par le premier film. Le premier et deuxième acte n’étant simplement présent qu’afin de contextualiser et de mettre en place l’ambiance par le biais de jump-scares prévisibles et inutiles, mis à part, permettre au spectateur de rester attentif. Rester attentif en attendant que ne se lance le troisième acte, l’apocalypse. Troisième acte que l’on qualifierait aisément de long climax. Prévisible, longuet voire ennuyant dans ses premières dizaines de minutes, le film (et accessoirement le spectateur) se réveille soudainement avec l’arrivée hors champ de la sorcière de la forêt de Black Hills. C’est l’arrivée de cette dernière et la mise en tension des personnages qui se savent dorénavant chassés, qui va permettre au film de gagner en intensité. Blair Witch va de ce fait devenir palpitant et plus angoissant grâce à un rythme qui ne va cesser de croitre et à une mise en scène qui va gagner en ingéniosité. Alors que jusque-là, la mise en scène de  Adam Wingard faisait du surplace et dans la redondance plus qu’autre chose.

Avec ce troisième acte, Adam Wingard prouve qu’il a de la suite dans les idées et qu’il ne fait pas simplement dans la répétition des événements du film de 1999. Il se réapproprie le mythe Blair Witch et dévoile une nouvelle vision des choses. Même si extrêmement brutale dans son cut final, la finalité du film ne laisse pas perplexe le spectateur, mais va par la force des choses lui laisser plusieurs idées derrière la tête. Les suppositions peuvent planer et chacun pourra se faire une idée sur la question du mystère qui entoure cette fameuse maison en plein milieu de la forêt de Black Hills, ainsi que sur ladite sorcière qui la hante la nuit venue. Faisant dans la réappropriation du film originel, Adam Wingard conserve également l’idée du found-footage. Un found-footage ici plus moderne avec l’utilisation de plus de caméras et d’un matériel plus perfectionné. Remplacer le caméscope et la caméra 16 mm du premier film par un drone, des caméras haute définition et des oreillettes caméra permet au film de gagner en dynamisme. Les points de vue se multiplient, décuplant la vitesse du montage et offrant un regard omniscient au spectateur. Une facilitée et non des moindres pour le metteur en scène qui va délaisser totalement l’usage du hors champ, préférant directement jongler entre les points de vues et montrer l’action au spectateur. Même si l’immersion est intacte grâce à une direction artistique soignée, une belle gestion de la lumière et un mixage sonore des plus honorables, le film reste plat et ne dépasse pas le seuil de simple divertissement à cause de la non utilisation de l’arrière-plan. Tout ne se passe qu’exclusivement au premier plan, à l’instar de n’importe quel film d’action. Efficace, pas plus. Le troisième acte quant à lui s’avère plus inspiré, voire inventif grâce à quelques fulgurances inattendues de mise en scène, ainsi qu’à un scénario qui gagne en cohérence et profondeur.


En Conclusion 

Vendu comme le renouveau du cinéma d’horreur, Blair Witch, ne l’est clairement pas. Feignant, peu original et ennuyant dans ses premières dizaines de minutes avant que le film se réveille à mi parcours, avant de ne plus jamais laisser retomber la tension. Une tension palpable amplifier par une belle gestion et utilisation de la lumière (artificielle et naturelle), ce qui va décupler la force immersive du film – déjà importante grâce au procédé du found-footage – ainsi que l’ambiance oppressante des lieux. Sans oublier le scénario qui va se révéler plus profond qu’il ne l’aurait laissé paraître. Sans être révolutionnaire, Adam Wingard dévoile une vision intéressante, sa vision du mystère Blair Witch en faisant un bon usage de la sorcière et de ce qu’elle pourrait être et être capable de. Blair Witch, un train fantôme qui prend son temps avant de démarrer, mais lorsqu’il le fait, il le fait avec la manière et ne laisse pas de marbre.

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