BlacKkKlansman réalisé par Spike Lee [Cannes 2018 Film REVIEW]

Synopsis : « Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l’histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions. »

Si l’année passée était une première, on a décidé de réitérer l’expérience et de faire profiter une nouvelle rédactrice. Du 8 au 19 mai 2018, nous sommes présents au 71e Festival de Cannes afin de découvrir les films qui feront l’évènement, ou non, les mois prochains dans les salles obscures, et ce, dans le monde entier. CinéCinéphile représenté cette année par la jeune journaliste Pauline Mallet qui nous donne son regard de cinéphile sur les films proposés en Sélection Officielle et dans les Sélections Parallèles.

Point levé à Cannes, Spike Lee n’a plus à prouver qu’il est un réalisateur engagé et enragé. Avec des films comme Malcolm X, La 25ème heure ou encore Do the right thing, le cinéaste s’est fait une place remarquée et remarquable au sein du cinéma. Bien que sa carrière soit semée d’œuvres moyennes, maladroites et presque inintéressantes, il est de retour avec un film qui marque et marquera son époque. Tout d’abord parce que BlacKkKlansman, bien que son récit se déroule dans les années 70, fait terriblement écho aux derniers mois qui suivent, tragiquement, l’élection de Donald Trump aux États-Unis (même si le pays n’avait pas besoin de ça pour réveiller ses plus grands démons). Un parallèle permanent, omniprésent dans le long-métrage, qui ouvre les yeux sur les situations alarmantes de l’autre côté de l’Atlantique (qui sont parfois similaires en France). Le film frappe fort et même quand il s’agit de situations avec un ressort comiques, permet aux spectateurs de faire le lien entre les événements du récit et ceux qui font échos aux mouvements sociaux anti-racistes comme Black Lives Matter et, à la renaissance sans complexes des partis d’extrême droite sous l’American flag.

Spike Lee plante le décor dès les premières secondes du film, qui s’ouvre brillamment sur un extrait illustrant les ravages de la Guerre de Sécession dans Autant en emporte le vent, film réalisé par Victor Fleming et sorti 1939. Si le film est un grand classique du cinéma il n’en est pas moins qu’il reste très controversé à cause des représentations des personnages noirs. Plus tard dans le film, le réalisateur mettra en scène les membres du KKK durant une séance de cinéma de The Birth of Nation, le film réalisé par D. W. Griffith sorti en 1915 , clamé chef d’oeuvre formel de l’histoire du cinéma mais ouvertement raciste. Il prendra, parallèlement, un grand plaisir à filmer Harry Belafonte lors d’une réunion afro-américaine pour raconter les violences physiques et morales, les meurtres et les traitements inhumains que la communauté noire avait et subit au sein du pays. Tandis que le film se clos, comme un poignard dans le cœur, avec des images réelles des émeutes créées par des mouvements d’extrême droite (néo-nazis, suprémacistes blancs, Ku Klux Klan et alt-right) de Charlottesville, qui ont fait une victime en juin 2017. Loin de vouloir faire une oeuvre à la morale importante mais qui pourrait, rapidement, lasser les spectateurs, le cinéaste joue la carte du film policier décontracté à la sauce 70’s totalement exquise. Outre la situation loufoque et pour le moins absurde mais réelle (car le film est basée sur la véritable histoire de Ron Stallworth, les personnages (remarquablement incarnés) sont de véritables aimants qui s’entremêlent parfaitement pour faire avancer leurs différents (mais liés) arcs narratifs.

Spike Lee tourne en ridicule, se moque sans filtre des personnages qui incarnent des suprémacistes blancs (dont David Duke) qui ne valent rien mais qui se revendiquent haut et fort comme les plus grands êtres humains mais qui prouvent sans cesse qu’ils n’en sont pas. Parallèlement, le réalisateur met en lumière et en valeur les personnages noirs. Ils sont brillants, intelligents et leurs beautés sont au centre du film ce qui passe notamment par le personnage de Patrice Dumas, brillante étudiante militante, incarné par Laura Harrier. La magnifique scène de la première réunion des Black Panthers placée sous le signe du Black Power sublime les visages d’hommes et de femmes animés par les mêmes sentiments et par la même révolte.

Le cinéaste américain tape du poing sur la table jusque dans la composition de l’affiche officielle du film qui représente le héros principal, poing levé, une cagoule blanche du Klu Klux Klan visée sur le crâne et un peigne à cheveux faisant référence à sa coupe afro qui suggère une grande liberté (les cheveux des personnes noires étant toujours fortement critiqués notamment dans la publicité qui cherche souvent à dompter et à lisser les cheveux crépu et frisés ne correspondant pas aux normes de la société principalement blanche des pays occidentaux) dans l’autre main. Formellement délicieux, profondément engagé, BlacKkKlansman est une œuvre aussi divertissante qu’importante. Elle bouscule, enrage, réconforte et procure, avec l’excitation iconique du réalisateur, une grande envie de révolution.


« Formellement délicieux, profondément engagé, BlacKkKlansman est une œuvre aussi divertissante qu’importante »

BlacKkKlansman réalisé par Spike Lee avec John David Washington, Adam Driver, Topher Grace et Laura Harrier. En salles le 22 août 2018.

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