[Billet d'Humeur] Pourquoi j'ai détesté Night Call ?

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“Branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n’aura aucune limite…”

Pour la première fois ici, je vais m’essayer à l’exercice du “billet d’humeur”. Pour tout vous expliquer, le 29 novembre 2014 j’ai vu Night Call et détesté. Pas parce que le film est foncièrement mauvais sur des questions cinématographiques, mais sur des convictions très personnelles. Une critique m’aurait obligé à développer les points positifs du film, ce qui m’aurait dérangé. Voici donc mon avis totalement subjectif sur Night Call.

Night Call n’est pas un mauvais film. Je le dis clairement, car certaines personnes avec qui j’ai discuté du film ne semblaient pas bien l’avoir compris. Je ne trouve pas que le film soit particulièrement nul, je lui ai trouvé 1 ou 2 petits défauts, mais rien qui vaudrait un flingage dans une critique régulière. Non, j’ai simplement un problème avec le propos et la morale de Night Call, aussi réaliste soit-elle.

Le film montre l’ascension de Lou, jeune homme avide de réussite par tous les moyens, et “homo-economicus” (personne calculatrice, égoïste et rationnelle) prêt à tout pour arriver en haut d’une échelle sociale bien particulière. Lou est également un adepte de la doctrine libérale et individualiste. S’il veut quelque chose, il le fera lui-même, et il ne doit son succès qu’à lui-même (comme les pauvres ne doivent leur misère qu’à eux-mêmes selon lui). Et c’est là le premier problème éthique que j’ai avec Night Call. Un film montrant un personnage comme celui-là sans jamais dénoncer ses actions ne peut pas me plaire.

Alors évidemment, un film n’a pas forcément besoin de dire clairement que tuer quelqu’un c’est mal. Il n’empêche. L’art a, pour moi, aussi bien une fonction cathartique et expressive, qu’une fonction éducative. Et dans Night Call, on montre un individu qui commet les pires exactions et qui s’en sort. Je sais très bien que c’est le propos du film, de montrer que notre société abreuvée d’images-chocs permet à des gens comme celui-là de réussir, mais il est à mon sens très dérangeant, car il est à la limite de la glorification des actes de Lou.

Le film se veut être le reflet de notre société et montre ceci. Mais, dans notre monde actuel, beaucoup de gens réussissent sans commettre des actes aussi répréhensibles que ceux de Lou, et ça, le film l’efface volontairement. Dans ce Los Angeles-là, tous ceux qui essaient d’entraver le passage de Lou sont écrasés sans la moindre pitié, et sans possibilité de revenir dans l’arène. Et sur toutes les fois où Lou pourrait tomber et perdre, il s’en sort et passe à chaque fois à “l’échelon supérieur” socialement.

Alors, je comprends le souci de réalisme du film. Mais est-ce vraiment cela que l’on veut montrer? st-ce vraiment cette société et ce type de comportements que l’on veut célébrer à travers l’art? Personnellement, ce n’est pas ce que je ne recherche ni dans le cinéma, ni dans la vie. Vous êtes évidemment libres de penser ce que vous voulez sur Night Call et sur mon avis, mais en tout cas, voilà pourquoi j’ai détesté Night Call.

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5 commentaires sur “[Billet d'Humeur] Pourquoi j'ai détesté Night Call ?

  1. Je comprends ton point de vue, mais ne le partage pas. Le personnage et ses actes seraient célébrés si le film tentait de l’humaniser, de le rendre sympathique, ou attachant. Or, là, c’est carrément tout l’inverse, plus l’intrigue avance, plus on le déteste. On déteste sa manière de penser, on déteste sa façon de faire, et surtout on déteste cette fin que tu as perçu comme glorificatrice, alors qu’elle ne fait que montrer à quel point il vient de sacrifier toute son humanité sur l’autel de la gloire. Pour moi elle est là la punition, on ne lui prend pas la vie, ou sa liberté, mais son humanité.

    J’ai été mal à l’aise pendant une bonne partie du film justement parce qu’il adopte entièrement le point de vue de Lou, soit la pire enflure qui soit. Pendant tout le film, on n’attend qu’une seule chose, c’est de voir le tomber, mais cela aurait été bien trop facile, même presque cliché. Et je trouve ça bien que le réal ait choisi d’aller dans le sens inverse de ce qu’attendent les spectateurs, histoire qu’ils ne restent pas confortablement assis dans leur siège, qu’ils soient dérangés par ce qu’ils voient. Parce que soyons réalistes, combien d’enflures comme lui s’en sortent dans la vie de tous les jours? Beaucoup plus que ce que l’on croit, donc je pense qu’il était presque nécessaire de montrer que le “mal” n’est pas constamment puni comme on le souhaiterait.

    Et je trouve pas que le film ait une approche si réaliste, même dans la mise en scène, il y a quelques moments un peu “gros” qui nous rappellent que l’on est bien dans de la pure fiction, et surtout, le réal cherche sans cesse à embrasser le côté le plus sensationnel et morbide de son sujet. Personnellement, en sortant de la séance, et je pense que je suis pas le seul, la seule chose que je me suis dis c’est “Je ne veux jamais ressembler à, ou devenir ce mec”. Et je pense que c’est le but recherché par le film, donc loin de la glorification puisque on se souviendra de ce personnage comme de tout sauf d’un exemple à suivre.

  2. [SPOILERS]

    C’est vrai que je n’avais pas envisagé ce côté là. Malgré tout je trouve que la fin, qui récompense le personnage de Lou, malgré sa perte d’humanité comme tu le soulignes très justement, est dérangeante. A mon sens (et c’est une considération très personnelle), le fait de le montrer s’en sortir est, bien que très réaliste, très peu cautionnable. Car même si cela arrive, et souvent, le montrer à l’écran semble lui donner une caution, et donc “s’incliner” devant une sorte de fatalité. Du moins je l’interprète comme tel.

    Tu dis que cela aurait été cliché de le faire tomber, mais dans le film d’autres personnages (qui sont quasiment les mêmes que lui) tombent, eux. Et la sous-intrigue policière finale me semble très vaine par rapport à la fin qui est montrée.

    L’approche réaliste je la vois plus dans la peinture des médias de masse américains, ces charognards prêts à tout pour de l’audimat. C’est vrai que le trait est TRES forcé, mais je vois le réalisme dans ces moments là.

    Il est vrai que la trajectoire du personnage ne nous donne pas envie de lui ressembler, mais en même temps, on montre sa réussite, ce qui, pour moi, confère une ambiguité malsaine à la fin. On ne s’amusera pas à compter tous les films qui ont des fins ambigues et des personnages amoraux et charismatiques (Scorsese est un roi dans le genre), mais dans ces films, les fins mettent les personnages en défaut, et un jugement moral est toujours présent (ce que j’ai du mal à déceler ici)

  3. J’aurais terminé le film sur un leger doute quant à la suite des evenements. Mais le réalisateur a voulu et certainement à juste titre le terminer sur une note plus proche de nous. Celle du manager, du petit patron qui gère son entreprise en fonction de la théorie des prix pour seule limite.

    Le heros le dit lui meme. Il ne descend jamais en dessous de son offre la plus basse. Là est sa seule limite. Tout le reste est négociable. Meme la vie de son partenaire.

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