Barbara réalisé par Mathieu Amalric [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Une actrice va jouer Barbara, le tournage va commencer bientôt. Elle travaille son personnage, la voix, les chansons, les partitions, les gestes, le tricot, les scènes à apprendre, ça va, ça avance, ça grandit, ça l’envahit même. Le réalisateur aussi travaille, par ses rencontres, par les archives, la musique, il se laisse submerger, envahir comme elle, par elle.”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Qui a-t-il de plus troublant quand on assiste à un biopic au cinéma ? La ressemblance avec le personnage mis en avant, raconté ? La manière dont l’actrice ou l’acteur s’approprie le phrasé, les gestes, la façon d’être de la personne célébrée par le biopic ? Ou encore comment elle ou il s’éloigne de l’original ? Mathieu Amalric a choisi d’être original : il mélange les images d’archives et les bandes sonores avec le film qu’il réalise. Avec l’interprétation de la chanteuse Barbara par une actrice de talent. Cela peut sembler abscons, mais l’idée de génie est là. Jeanne Balibar interprète l’actrice engagée pour devenir Barbara, soit l’histoire d’un film dans le film… une sorte de nuit américaine de la chanson française.

Devenir Barbara jusque dans le chant… sous le regard du réalisateur

Le talent du cinéaste Mathieu Amalric est dans la mise en scène. On le savait déjà depuis le film Tournée : il est à la fois un directeur d’acteurs talentueux et un metteur en scène où chaque plan propose une idée différente tout en installant le spectateur dans une douce torpeur pour être bercé par la voix de la chanteuse. Il réussit à magnifier chaque passage en retrouvant le grain des images d’archives de l’époque. Il réussit à reconstituer les morceaux manquants des vidéos où l’on voit Barbara répéter, Barbara en voiture tricotant, Barbara revenir sur scène après les ultimes rappels… Tout cela, en se réservant un petit rôle, celui de ce réalisateur hanté par la chanteuse pour rendre plus humaine l’artiste iconique. En effet, il est difficile d’atteindre les icônes or Mathieu Amalric rend sa Barbara accessible pour toutes et tous sauf pour lui, le réalisateur. Le dernier plan en est totalement révélateur d’ailleurs.

Pour que la magie opère, il faut une grande actrice. Jeanne Balibar, sa muse, habite ce corps, épouse ce phrasé si particulier de la dame en noire. Elle pousse la voix, bien plus que la chansonnette, pour par moment interpréter Barbara dans le texte, dont Göttingen en allemand… et cela en est bouleversant. Elle est incroyable de délicatesse, de douceur, de folie et de doute aussi, comme lorsqu’elle cherche comment elle peut encore pousser le mimétisme plus loin… comme paraître vivre dans la maison de la chanteuse (même si ce n’est pas la vraie maison de Barbara), refaire les parcours des concerts, accepter de se perdre et d’interpréter son texte avec des hommes de passage… pour mieux nous émouvoir aux larmes avec l’histoire de cette chanteuse, compositrice, interprète que beaucoup de spectateurs ne connaissent pas si bien que cela. Laissez-vous emporter par le mimétisme opéré par l’actrice rendant quasiment impossible la distinction entre Barbara et Brigitte (interprétée par Jeanne Balibar). Les deux se confondent par moment sauf si vous arrivez à remarquer ce léger détail qui permet de distinguer l’actrice de l’icône. Un détail que je ne vous révèlerai pas pour que le mystère et la magie planent jusqu’à votre sortie de salle. Magie : ce mot résume parfaitement la réalisation de Mathieu Amalric tant elle est perpétuellement présente.

En résumé, Jeanne Balibar excelle en magnifiant la personnalité de Barbara. Elle réussit à entretenir le mystère entre réalité, images d’archives et tours de chant au point de proposer une interprétation magistrale au même titre que la mise en scène de Mathieu Amalric. Celui-ci arrive à s’effacer derrière son sujet pour ne laisser qu’une figure tutélaire jamais imposante et plutôt accueillante. Une réussite qui renouvelle le genre du biopic avec plaisir.

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