Bacurau, entre brûlot politique et western aux airs Carpentériens

Synopsis : « Dans un futur proche…  Le village de Bacurau dans le sertão brésilien fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte.  »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Trois ans après Aquarius, le cinéaste brésilien Kleber Mendonça Filho revient, cette fois dans une co-réalisation, avec son chef décorateur Juliano Dornelles. Bacurau est un projet de longue date que les cinéastes ont écrit ensemble avant que Mendonça Filho ne réalise ses deux premiers longs-métrages, Les Bruits de Recife (2012) et Aquarius (2016). Bacurau se déroule dans un futur proche, « dans quelques années » selon le carton d’ouverture du film, où un village en deuil dans le Sertao brésilien se retrouve soudainement rayé de la carte. Les évènements fictifs de Bacurau se déroulent durant la campagne de réélection d’un président brésilien fictif, corrompu et de droite, qui ressemble étrangement à Bolsonaro, le président brésilien actuel. Le film de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles affiche en effet une véritable ambition politique tout en étant un féroce mélange des genres. 

Le futur proche que décrit Bacurau en fait d’abord une œuvre de science-fiction dystopique, avant d’être également un western spaghetti à la Sam Peckinpah, brutal et sanglant, aux airs de synthé à la John Carpenter. Référence pleinement assumée par les cinéastes, la bande originale, signée par les frères Mateus Alves et Tomaz Alves Souza, emprunte le morceau Night composé par le cinéaste en 2015. Au casting, on retrouve également l’acteur Udo Kier dans le rôle du « méchant » dirons-nous grossièrement, un habitué du cinéma de genre, de la série B à la série Z, voir nanar, notamment dans le récent Iron Sky 2 (2018). Un guest-star au casting qui affiche clairement l’ambition des deux cinéastes de faire de Bacurau un geste de cinéma de genre pur et dur, doublé d’un pamphlet politique féroce et sans concessions. Et c’est peut-être là le bémol que l’on peut avoir avec Bacurau. Un dosage un peu déséquilibré entre le film de genre décérébré et le brûlot politique engagé.

Les cinéastes ne tranchent jamais entre leurs ambitions politiques et cinéphiliques. On se surprend à exprimer une certaine jouissance devant une violence se voulant cathartique, propre au genre du western spaghetti. Dénoncer la violence par la violence est une chose, se complaire dedans en est une autre. La violence graphique de Bacurau ne se justifie pas toujours par son propos politique dont les cinéastes s’éloignent par moment pour basculer dans un cinéma de genre assumé et fort plaisant, Bacurau étant avant tout un western enragé qui convoque le meilleur du cinéma de genre, de Peckinpah à Carpenter. Un geste de cinéma loin d’être déplaisant donc, mais qui, par moment, instaure un sentiment de malaise par rapport à son pamphlet politique. Certains y verront : un cri de liberté et de résistance fort, d’autres : un appel aux armes un peu dérangeant. 

Bacurau divisera sans aucun doute sur son propos politique, mais c’est ce qui en fait une proposition de cinéma forte et engagée, tout en célébrant le Genre dans un mélange savoureux qui convoque aussi bien la science-fiction que le western spaghetti et le cinéma de John Carpenter.


« S’il manque parfois de subtilité dans son propos et son dosage entre le genre et le politique, Bacurau n’en reste pas moins une proposition de cinéma de genre jouissive, un brûlot féroce aux airs de western décérébrer.»


Ce film est interdit aux moins de 12 ans avec avertissement.


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