Ave, César ! (Critique |2016) réalisé par Joel et Ethan Coen

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Synopsis : “La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres Studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. En une seule journée il va devoir gérer aussi bien les susceptibilités des différentes communautés religieuses, pour pouvoir valider leur adaptation de la Bible en Technicolor, que celles du très précieux réalisateur vedette Laurence Laurentz qui n’apprécie que modérément qu’on lui ait attribué le jeune espoir du western comme tête d’affiche de son prochain drame psychologique.Il règle à la chaîne le pétrin dans lequel les artistes du studio ont l’art et la manière de se précipiter tous seuls. En plus de sortir une starlette des griffes de la police, ou de sauver la réputation et la carrière de DeeAnna Moran la reine du ballet nautique, Eddie Mannix va devoir élucider les agissements louches du virtuose de claquettes, Burt Gurney. Cerise sur le gâteau, il a maille à partir avec un obscur groupuscule d’activistes politique qui, en plein tournage de la fameuse superproduction biblique AVE CÉSAR lui réclame une rançon pour l’enlèvement de la plus grosse star du Studio, Baird Whitlok. Le tout en essayant de juguler les ardeurs journalistiques des deux jumelles et chroniqueuses ennemies, Thora et Thessaly Thacker. La journée promet d’être mouvementée.”

Trente-deux années de carrière et pas moins de seize long-métrages à leur actif. Les frères Coen ont un bon ratio, avec une nouvelle sortie de film tous les deux ans. Ça peut paraître énorme, car les différentes étapes de travail qui permettent à la création d’un film sont longues, mais à la simple vue de leurs différents films, on peut dire qu’ils ont trouvé leur manière de faire. C’est tout particulièrement à partir de 1991 et la sortie du film Barton Fink, que les frères Coen ont su capter l’attention des spectateurs. Tout à chacun peut trouver en leur filmographie un film à son image. Il devient de plus en plus courant de ranger les différents cinéastes dans des cases, mais avec les frères Coen, difficile de le faire. Imprévisible et à la filmographie éclectique, il y a tout de même un genre qu’ils apprécient tout particulièrement : la comédie. Mais pas le film comique tel qu’on peut l’entendre. Pas une comédie qui va reposer sur des blagues trash et graveleuses, mais une comédie qui va chercher à faire cohabiter le burlesque au sérieux. Réussir à faire passer un message, une critique, tout en proposant des situations cocasses où les personnages vont faire le show sans paraître ridicule pour autant. On n’est pas là pour se moquer, mais pour se divertir.

Ave, César!, est le troisième et dernier opus de la “Trilogie des Idiots”, initiée en 2000 avec la sortie du film O’Brother, puis complétée trois ans après par le moins percutant Intolérable Cruauté. Trois films diamétralement opposés, mais trois comédies portées par le talentueux George Clooney qui sous ses airs d’acteur sérieux cache un talent certain pour la comédie. Il l’avait démontrée au démarrage de sa carrière avec des films comme Le Retour des Tomates Tueuses (que l’on vous recommande chaudement avec vos amis et quelques litres d’alcool) ou encore From Dusk Till Dawn. Depuis quelques années, c’est aux côtés des frères Coen qu’il s’illustre sans complexes, nous prouve ses talents de comédiens et plus particulièrement de comique. Un style de comique qui ne cherche pas la surenchère, ni à exacerber des sentiments. Au contraire, il va par moment vouloir faire l’idiot par l’usage de gestes ou de gimmick, afin de diversifier un jeu qui majoritairement repose sur une intériorisation des sentiments. Un style de jeu en parfaite harmonie avec le travail scénaristique effectué par Ethan et Joel Coen. Les frères Coen sont dans la maîtrise parfaite. Ils pratiquent tous deux un cinéma millimétré et qui ne laisse pas place à l’imprévu. À partir le simple synopsis, les spectateurs peuvent savoir vers quoi les cinéastes tendent au travers du film. Le spectateur ne cherche pas la surprise, mais bien à être bluffé par le travail de développement. Comment en partant d’un hommage au cinéma dans le sens le plus général du terme, va être amenée la critique envers le système politique et économique américain ?

Ave-Cesar-Coen-Clooney-FilmHail Caesar!


Ave, César !, une plongée de 27 heures au sein de chez Capitol Pictures, un des plus grands studios de tournage Hollywoodien. Dès ses premières séquences, le long-métrage cherche à dérouter le spectateur. Il ne sait dans quelle temporalité il est, ne sait donc pas s’il fait face à un moment de fiction ou un moment de réalité pour le film. La réalité du film va se confondre à aux fiction crées sur des plateaux de tournages sur lesquels on va se pencher. L’époque se dessine par la suite, tout comme la temporalité qui sert de temps présent, mais qui ne va pas être pour autant une réalité vraie. Au travers d’un scénario audacieux et qui ne cède pas à la tentation du manichéisme, Ave, César ! ne cherche pas à dessiner et critiquer une vérité absolue. Ethan et Joel Coen ne pointent directement pas du doigt les sociétés de productions américaines, ainsi que le système économique capitaliste. Ils vont se servir des outils mis à dispositions par le cinéma pour le faire. Démontrer et user de la force de frappe du septième art, qu’est le cinéma pour dénoncer un fait avéré et toujours d’actualité. À savoir les maisons de productions qui cherchent la rentabilité au profit de la qualité. Une satire fine et juste développée par le prisme d’un hommage magnifique au cinéma hollywoodien.

Au cours de son enquête à la recherche d’un acteur célèbre ayant malencontreusement disparu, Eddie Mannix, interprété par Josh Brolin, va être amené à visiter des plateaux de tournage. Questionner des acteurs, des réalisateurs dans le but de faire son travail, qui consiste à ce que la rentabilité au sein de chez Capitol Pictures soit maximale. Vont de ce fait, se succéder des personnages dont la vie est régie par les maisons de production. Des pantins aux caractères disparates, qui vont apporter au film une véritable diversité et permettre aux frères Coen d’effectuer une mise en abîme du cinéma afin de lui offrir un de ses plus beaux hommages modernes. Grâce à une mise en scène minutieuse et orchestrale à l’image d’un ballet aquatique, les frères Coen vont rendre chacun des personnages nécessaires au récit. Chaque personnalité va apporter sa pierre à l’édifice afin de bâtir une satire jouissive et complète. Certains personnages secondaires n’apparaîtront que quelques minutes, voire secondes à l’écran, mais leurs noms auront une résonance toute particulière durant l’avancée de l’histoire.

Ave, César !, est un film au scénario méticuleux qui réussit à combiner l’humour à la satire politique et économique, mais également à la mise en scène élégante permettant un hommage bienveillant et magnifique envers le cinéma (du ballet aquatique à la comédie musicale en passant par la romance), tout en prenant soin de son image. Là où la bande sonore relève davantage du film parodique dans le but d’amplifier l’aspect satirique et humoristique du long-métrage, la direction artistique cherche à donner une belle image du cinéma. Roger Deakins, fait ressortir les couleurs chaudes et chatoyantes. Ce qui va apporter au film et plus particulièrement à son hommage aux différents genres qui ont fondé le cinéma hollywoodien, un aspect chaleureux et bienveillant.


En Conclusion :

Avec Ave, César !, les frères Coen achèvent leur “Trilogie des Idiots” sur un coup d’éclat. Une comédie au ton léger, qui va s’appuyer sur un hommage pertinent et bienveillant envers le cinéma hollywoodien afin d’en tirer une satire grinçante. Un film toujours d’actualité dans son propos, qui réussit à dénoncer sans avoir à être mesquin ou méchant. Ce n’est ni trash, ni violent envers les maisons de production américaines ou le système capitaliste dans sa globalité. Une belle construction scénaristique et un montage harmonieux permettent à ce film au récit linéaire de ne pas se figer sur un simple propos moralisateur. C’est drôle, dynamique, beau et excellemment bien interprété par des acteurs à leurs sommets. Ave, César !, une perle accessible à tous et à toutes. À ne pas louper !

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