Ava, l’ombre de Besson plane sur cette production avec Jessica Chastain

Synopsis : « Une femme assasin du nom de Ava travaille pour une importante organisation secrète. Elle parcourt le monde. Une de ses missions se passe mal, elle va être contrainte de lutter pour sa propre survie. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Nikita, Columbiana, Anna, Lucy, Hanna, Peppermint, Atomic Blonde ou encore Red Sparrow pour ne citer que l’évidence. Ces femmes tueuses à gage, ou qui s’improvisent tueuses à gage, sont nombreuses. Si le cinéma est un business où les irrégularités hommes-femmes sont malheureusement omniprésentes, il est un sous-genre où les femmes ne sont pas sous-représentées. Néanmoins, ce qui pouvait paraître comme de l’audace en 1990 (voir une femme frêle mise en scène de manière à faire peur, telle une arme de guerre prête à tout pour arriver à ses fins), devient une facilité opportuniste aujourd’hui. L’opportunité de réaliser un film dans l’ère du temps. Un film qui va s’efforcer de mettre en scène une femme forte et combattante, dans une ère post MeToo où la femme se doit de reprendre la pleine possession de ses pouvoirs. L’éclosion de ces premiers rôles féminins, forts et robustes, autant sur le plan physique que mental, n’est en rien un hasard et ce, que l’on parle de cinéma d’action ou d’horreur avec le revenge movie. Sous-genre horrifique absolument parfait en ce sens, offrant à des personnages féminins la possibilité de se venger, d’enfin déverser toute cette rage vengeresse qu’elles avaient pu accumuler au fil des années. Ce qui n’est, finalement, en rien un mal.

Si le film (quel qu’il soit) réussit à transmettre au spectateur un plaisir jubilatoire quasi-régressif, c’est déjà quelque chose de bien. S’il va au-delà et réussit à agrémenter ses moments d’actions avec des personnages qui ont quelque chose à raconter, ainsi qu’une histoire qui vient développer un univers ne serait-ce que cohérent et crédible, ce serait absolument remarquable. Certains l’ont fait (Steven Soderberg), mais beaucoup se sont contentés du minimum. Fondamentalement, pour l’essentiel des films cités, mais également pour la grande majorité des oubliés, ce qui leur a permis d’être qualifiables comme étant de bonne facture c’est avant tout des qualités formelles ou un concept. Ce peut être un concept narratif (Lucy mis en scène par Luc Besson), une recherche de réalisme (Nikita mis en scène par Luc Besson) ou la volonté de créer une oeuvre où le plaisir passera par une stylisation de tous les instants (Atomic Blonde mis en scène par David Leitch). Si l’on devait qualifier le film Ava en un mot, ce serait humaniser.

Humaniser le personnage principal d’Ava. Chercher à comprendre comment elle en est arrivée là et ce qui la tourmente. Personnage principal qui a ses névroses et qui cherche à combattre ses propres démons, davantage que ses ennemis extérieurs. Une volonté non-négligeable, tout en étant peu surprenante vis-à-vis d’un film dont le rôle principal est tenu par l’actrice Jessica Chastain, également productrice. Fervente défenderesse des droits des femmes, et ce, notamment dans le milieu de la création artistique, Jessica Chastain opère un tournant à 180 degrés avec ce nouveau film. Un film d’action. Un film d’action, certes, mais un film qui tente avant tout d’inculquer du corps, une histoire et une crédibilité à son personnages principal qui n’est pas qu’une femme qui prend les armes. Si l’argumentaire est tout aussi louable que compréhensif, il ne suffit malheureusement pas à l’actrice de se jeter corps et âme dans un projet, dont elle réalise une grande partie des cascades, pour le rendre singulier.

Un personnage principal (Ava, incarnée par Jessica Chastain) qui nous est humanisé grâce à une mise en évidence de ses tourments en passant par une exploration de son passé et des liens familiaux qu’elle entretient, ou entretenait, avec ses proches. Une caractérisation qui va permettre de donner du corps à cette Ava. Une caractérisation longue et périlleuse, sensée l’humaniser et créer une empathie chez le spectateur à son égard. Sauf que les problématiques qui la tourmentent, ne sont en aucun cas intéressantes pour le spectateur. Une caractérisation banale au possible, qui nous donnent rapidement l’impression d’un mélange d’idées reçues, et préconçues, sur la caractérisation d’un personnage fiction en quête d’introspection et ce avant qu’il ne prenne conscience, et, par la même occasion, prenne les armes. Si la prise de conscience n’est pas à l’ordre du jour, le reste y est. Un condensé caricatural qui ne permet aucunement la création d’une quelconque forme d’émotion à son égard. La mise en scène insipide et la réalisation aussi froide que distante envers ce même personnage principal n’aide en rien la bonne implication d’un spectateur qui ne reste que simple spectateur passif.

Que les problématiques explorées, ainsi que les tourments qui caractérisent le personnage, ne soient pas originaux est en soit un problème. Mais le problème principal demeure finalement la manière dont tout est amené d’un point de vue narratif. Chaque rebondissement, chaque révélation est apportée avec facilité et de la manière la plus téléphonée qui soit. Toujours prévisible, jamais surprenant ou original. Une structure narrative, et des choix narratifs éculés d’un bout à l’autre, qui n’aident en rien à la création de toutes formes d’empathie de la part du spectateur pour un personnage qui sort d’un moule dont on a déjà fait la connaissance de plusieurs itérations. Demeure un casting international. De grandes têtes d’affiche que l’on aime pour ce qu’elles représentent pour tout à chacun, mais qui incarnent des stéréotypes (la tueuse, le boss, la main droite, le père de substitution…) et non des personnages. Si Colin Farrell tire son épingle du jeu grâce à son charisme naturel, John Malkovitch se demande ce qu’il fait là et Common fait de la figuration. Reste Jessica Chastain, tête d’affiche qui se donne corps et âme pour le projet, au point d’assurer une grande partie de ses cascades elle-même (comme les autres par ailleurs). Elle porte le projet, sans pour autant le sauver.

Si avoir son casting principal qui réalise ses cascades est un atout non-négligeable à la caméra, il est un net désavantage côté combat. Des chorégraphies mollassonnes, absolument aucune sensation d’impact (c’est le sound design qui prend le relais et s’affaire à faire croire que des coups sont portés) et un découpage didactique qui ne va aucunement chercher à sublimer les dites chorégraphies. Si le combat final a bien plus de cachet avec ses mouvements plus spectaculaires et des personnages physiquement abîmés et éreintés, ça ne suffit malheureusement pas à réhabiliter l’heure qui a précédée. Les scènes demeurent agréables à regarder grâce à une réalisation fonctionnelle et un montage qui n’entache pas à la bonne lisibilité du tout.

Agréable tient, en voilà un qualificatif qui définirait tout aussi bien le film que insipide. Ava n’est pas une purge innommable. De sa réalisation à sa mise en scène, en passant par son scénario, tout est fonctionnel et en pilotage automatique. Pour un spectateur en quête d’un petit film d’action porté par des têtes d’affiche internationales, le film Ava pourrait satisfaire ce besoin. Ava est le prototype même du film déjà vu, et ce, à des centaines de reprises. On l’a déjà vu en mieux, on l’a déjà vu en moins bien. Il n’apporte absolument rien au sous-genre. Aussitôt vu, aussitôt oublié.


Disponible en vidéo à la demande au Canada (Apple TV, Google Play…) depuis le 21 août 2020.

« Si loin d’être désagréable à visionner tel un simple petit film du samedi soir, Ava incarne le prototype du film d’action préfabriqué. Fade, caricatural et qui ne transmet absolument aucune sensation. »


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