Au Revoir Là-Haut, une œuvre d’art éblouissante signée Albert Dupontel

Synopsis : “Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire.. “


Film vu en avant-première le 09 juin 2017 | Sortie nationale le 26 octobre 2017

Étrange pour certain, génie pour d’autre. À l’instar de ses confrères et amis du Monty Python, Albert Dupontel n’est pas un acteur qui peut plaire à tous. Même si connu de beaucoup, ne serait-ce que par son nom aujourd’hui plus évocateur que le titre de ses films, le cinéma que met en valeur Albert Dupontel a tout pour diviser le public tant l’artiste cherche sans cesse à aller au plus loin. Bernie, Le Créateur, Enfermés Dehors, Le Vilain puis 9 Mois Ferme (récompensé par le César du Meilleur Scénario), dernière œuvre qui complète sa filmographie en tant que réalisateur. Il prône un cinéma artistique (terme aussi riche que vide de sens), fantasmagorique et créatif, un cinéma où se confrontent et s’allient plusieurs types d’arts. Deux nous viennent aisément en tête : le cinéma et la représentation théâtrale. Même si l’image que l’on peut avoir de lui au travers des quelques œuvres qui ont fondée sa filmographie, ainsi que des personnages qu’il à incarné est celle d’un saltimbanque déluré, Albert Dupontel n’en est pas pour autant un. Ce sont des personnages de fiction, des personnages qui ne lui ressemblent pas, de simples projections au travers desquels il peut exulter, s’amuser et amuser les autres.

Amuser les autres au travers de longs-métrages déjantés et jubilatoires, car hautement assumés par le biais de personnages et situations aussi surréalistes qu’inimaginables, tout en tentant de faire passer un message symbolique. Chacun de ses films développe un message humain décrétant que les hommes et femmes ont tous et toutes leurs particularités (e)s et leurs différences, mais sont fondamentalement les mêmes, car tous et toutes humains. Un message de bienveillance permis grâce à cette même bienveillance portée à l’égard des personnages. Albert Dupontel porte un regard tendre et humain envers chacun des personnages qu’il met en scène, et ce, qu’ils soient bons ou mauvais, quelque soit leurs motivations, envies et/ou actions. Une sensibilité qui permet aux spectateurs de se lier émotionnellement aux personnages et de se plonger corps et âme dans le film. Qu’il s’agisse d’une comédie burlesque, où le burlesque est poussé à son paroxysme (slapstick entre autres…) créant de ce fait le rire, ou d’une comédie dramatique, voire romantique, à la 9 Mois Ferme. Des œuvres qui sous leur volonté première de divertir portent un message sensible, humain, bienveillant. Et ce n’est pas avec son nouveau long-métrage dont il signe la réalisation, le scénario (co-scénarisé), ainsi que l’interprétation d’un des premiers rôles, que l’on va nous faire dire le contraire.

Adaptation du roman à succès (également lauréat du Prix Goncourt 2013 année de son édition) écrit par Pierre Lemaitre, Au Revoir Là-Haut conte l’histoire de deux anciens poilus qui, au sortir de la Grande Guerre vont être démobilisés suite à une dernière attaque. Vivant avec difficulté leur retour à la réalité à cause de ce qu’ils ont pu voir et vivre (mais également à cause de certains êtres humains néfastes), ils vont se mettre en tête de se venger de l’état cherchant à capitaliser sur le patriotisme des soldats français. Sur le papier, difficile de croire qu’il s’agisse bel et bien du nouveau Albert Dupontel. Celui dont on attend des comédies burlesques, satiriques et potaches aurait donc laissé place à un cinéaste nouveau ? Pas tout à fait. Sous ses airs de film de guerre et de drame féroce réside une comédie douce-amère aussi tendre qu’hilarante. Au Revoir Là-Haut est un Dupontel pur et dur. L’émergence aux yeux de tous d’un très grand cinéaste et pour les autres l’apothéose d’une filmographie qui n’attendait qu’une œuvre particulièrement brillante telle que celle-ci. Une fresque romanesque qui additionne les genres pour au final ne faire qu’un. Plus qu’un cinéaste, Albert Dupontel est un ardent cinéphile et il le prouve une nouvelle fois. Il connaît les rudiments et sait comment faire naître l’émotion chez le spectateur. Pour cela il cherche dans un premier temps l’immersion, à immerger le spectateur au cœur de l’action et au plus près des personnages.

Un plan-séquence en zénithal qui surplombe le champ de bataille, suivi par un second plan-séquence cette fois à hauteur d’homme (ou presque) et caméra à l’épaule pour donner l’impression d’être parmi les soldats. Le tout simplement avec un chien en guise de muse, en guise de lien afin de guider la caméra (le spectateur NDLR), vers ceux qu’elle (ou il) ne va par la suite pas lâcher. De la vision du réalisateur (plan qui surplombe l’action), on passe à la vision de la caméra (caméra à l’épaule), pour aboutir à la vision du spectateur face aux personnages (la caméra et le spectateur ne font plus qu’un). En deux petites minutes, le spectateur est plongé au cœur de l’action, lié à ceux qui la font et vont la faire. Va par la suite découler avec logique une histoire que le spectateur va suivre avec assiduité et vivre avec une intensité émotionnelle certaine. Une histoire qui sur le papier ne semble pas si riche qu’elle en a l’air. Qu’une impression, tant le réalisateur va réussir de par sa mise en scène à donner du corps et un intérêt à chaque personnage et thématique développée. Chaque personnage, secondaire comme premier, n’a rien de manichéen dans sa construction et son usage narratif. Ils apportent quelque chose au récit, apportent une froideur ou une chaleur, et vont venir un à un se lier afin de ne faire qu’un ensemble. Ils forment un tout que l’on ne peut séparer et si c’était le cas, la finalité du récit ne serait pas la même et le message ne serait pas aussi fort. Certaines caractérisations reposent sur des stéréotypes, ce qui n’est en rien choquant ou ne paraît simplement comme une facilitée scénaristique ou de mise en scène. Le regard porté par la caméra et le metteur en scène sur ses personnages leur donnent du corps et une véritable existence.

Un metteur en scène bienveillant envers ses personnages, un metteur en scène cinéphile qui cherche à renouer avec un cinéma d’antan. Au Revoir Là-Haut est une œuvre dont la mise en scène nous ramène tout droit vers l’âge d’or du cinéma muet. Un cinéma qui comblait le vide de la parole par l’utilisation du corps. La gestuelle et le regard suffisaient à faire naître une émotion chez le spectateur et à faire parler les personnages. Albert Dupontel endosse le costume de Buster Keaton (une gestuelle et des mimiques communes qui y font réflexion en plus de faire une référence directe de par un des costumes), alors que la jeune Balster Heloise (qui incarne Louise) rappelle le jeune enfant du film réalisé par Charlie Chaplin, Le Kid, de par son aspect réconfortant envers les deux protagonistes. Là où le jeune Édouard Péricourt, interprété par l’excellent Nahuel Pérez Biscayart, ne trouve comparaison au cinéma. Le personnage est écrit avec une plume qui n’a d’égale que la justesse du jeu de l’acteur. Le metteur en scène le manipule telle une marionnette à laquelle il offre un background et un caractère fort et trempé en plus de la vie. Un numéro à deux où ils se subliment tour à tour : le réalisateur trouvant de par ses cadres l’émotion dans le regard de Nahuel Pérez Biscayart et l’acteur sublimant les demandes de Albert Dupontel. Et ce, en plus d’être un duo aussi étonnant que détonnant à l’image, les deux étant les protagonistes de l’histoire.

Drôle, touchant et émouvant, car avant tout sincère, Au Revoir Là-Haut est un beau et grand film de cinéma réalisé par un passionné audacieux. Chaque plan transpire cinéma grâce à une mise en scène et une réalisation qui ne cherchent pas simplement à faire avancer une histoire ou à mettre en avant de l’action. Chaque plan fourmille de détails, chaque plan est intéressant en plus d’être beau à regarder. Une mise en scène qui ne se focalise pas essentiellement sur le premier plan et sur ses protagonistes avec en arrière-plan une ville qui vit, et une réalisation qui sait se faire oublier derrière ses personnages sans omettre quelques effets de styles et fulgurances technique pas déplaisantes (plans séquences, scènes de fêtes…). Étalonné via la technique de la rotoscopie (film tourné en couleur, puis les rushs sont transformés en noir et blanc avant d’être colorisés à nouveau afin d’obtenir une teinte particulière, proche de la bande dessinée), Au Revoir Là-Haut est visuellement superbe. En plus d’être subtilement et joliment éclairé (utilisation de la bougie pour faire ressortir un côté du visage ou du masque en jouant sur les ombres…), cette technique d’étalonnage permet de faire ressortir la vivacité des couleurs et d’égayer les plans. Ce qui va également rapprocher cette œuvre à un autre art, celui de la bande dessinée, amplifiant de ce fait son aspect romanesque, fantasque et donc par déduction surréaliste. Et si Édouard Péricourt était un super héros à sa manière ? Voyez le film et on en reparle.


En Conclusion :

On pourrait s’épancher des heures durant sur ce film. Ce que je ne vais faire, vous laissant le plaisir de la découverte de son histoire et de ses personnages. Je vais simplement résumer tout cela en disant qu’avec Au Revoir Là-Haut, Albert Dupontel réalise une œuvre aussi inattendue que logique. Aussi grave et brutale que la guerre et ces soldats qui n’en reviennent jamais, mais également “Dupontelienne”, car belle, drôle, bienveillante et d’une richesse cinématographique étonnante. En plus d’y voir un hommage à l’art dans sa forme la plus générale possible et à ce que l’art peut apporter à l’être humain. Magnifique. On en sort sonné, mais heureux. Heureux de pouvoir constater que le cinéma français possède encore et toujours des cinéastes de talent suffisamment créatif et ambitieux pour nous servir des œuvres aussi belles.

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