Attaque à Mumbai, quand le fanatisme tue…


Synopsis : « Une série d’attaques terroristes a lieu dans la ville de Mumbai. Durant trois jours, des hommes armés prennent d’assaut le légendaire Taj Mahal Palace Hôtel en retenant les clients et les employés qui s’y trouvent. Au milieu de ce chaos, le Chef du restaurant et un serveur vont risquer leur vie pour protéger leurs clients. Parmi eux, un couple va tout faire pour protéger leur nouveau-né. Alors que le monde entier découvre ces évènements tragiques, ce qui se déroule à l’intérieur dépasse l’inimaginable. L’histoire vraie des attaques terroristes qui se sont déroulées à Bombay en novembre 2008. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Filmer l’horreur d’une prise d’otages est toujours un exercice cinématographique particulier. Il est possible de l’envisager comme l’a fait Steven Spielberg pour Munich ou alors de le voir comme une reconstitution minutieuse, heure par heure, comme ici avec Attaque à Mumbai. Premier film du réalisateur australien Anthony Maras, l’histoire revient sur les attaques terroristes de novembre 2008 à Mumbai. Des attaques qu’avaient déjà évoquées Nicolas Saada dans son film Taj Mahal en 2015 avec Stacy Martin.

Si la pression et la tension qui sous-tend tout le film du réalisateur français est la même dans ce film australien, la grosse différence est qu’ici, Anthony Maras prend le temps d’expliquer les origines de l’attaque en évoquant les différents lieux pris d’assaut par les dix terroristes avant de se concentrer sur l’hôtel de Mumbai, le Taj Mahal. En multipliant les lieux, Anthony Maras impose une cartographie des différents commandos pour illustrer comment les terroristes ont réussi à semer le chaos dans une capitale financière indienne mal préparée à ce type d’assaut.

Ainsi, le réalisateur s’attarde sur les terroristes avant qu’ils ne commettent leurs méfaits tout comme il prend le temps de nous laisser découvrir les personnes qui seront prises en otage ou sous les feux des différentes attaques. Sans jamais verser dans le larmoyant, Anthony Maras propose ce qu’il faut de proximité avec ces touristes et ces membres du personnel de l’hôtel pour que le spectateur soit en empathie durant le déroulé des attaques funestes.

Tout comme dans Taj Mahal, le film s’attarde ensuite sur l’hôtel mais montre ici comment le personnel a tenté de sauver les touristes qui pouvaient l’être en les mettant à l’abri, en leur offrant des issues de secours toujours en privilégiant le touriste à leur propre personne. Le film diffère de son aîné par le suivi de plusieurs personnages tout en s’attardant sur la force des actrices, les actions de Stacy Martin dans le film de Nicolas Saada peuvent se comparer à la force du jeu de Nazanin Boniadi. Enfin, le réalisateur aborde avec finesse le point commun psychologique entre les terroristes et le personnel. Si les premiers servent Allah au nom de leur fanatisme religieux, les seconds servent le client considéré comme un Dieu. Là où la fanatisme amène l’horreur, le don de soi du personnel ouvre la porte à l’abnégation et la volonté d’aider les autres à tout prix.

Tout en suivant les actions de ces terroristes illuminés, complètement endoctrinés, le réalisateur propose de s’attacher à un jeune couple avec un enfant, un serveur qui se donne corps et âmes pour son métier, un ancien militaire russe détestable mais humain et enfin un chef cuisinier dévoué à son hôtel et donc à ses clients. En créant des petites histoires dans la reconstitution réelle, Anthony Maras réussit à faire monter la pression à chaque fois que l’on passe d’un personnage à un autre. Si les seconds rôles sont nombreux, portés par les autres clients ou membres du personnel de l’hôtel Mumbai, ce sont bien les premiers cités au centre du film et de notre attention. On tremble avec eux, on se cache avec eux, on cherche une issue avec eux et on se résigne à peut-être mourir avec eux sous les balles des terroristes.

Attaque à Mumbai dessine le portrait de notre société actuelle. En revenant sur des faits survenus en 2008, le film s’inscrit dans notre monde pour expliquer comment le terrorisme est devenue la nouvelle guerre invisible de ce siècle. Car si les fanatiques musulmans ont un visage, les commanditaires ne sont qu’une voix glaçante… une voix qui ordonne, qui poursuit son endoctrinement au point d’insinuer des frissons à chaque appel. Surtout, cette voix retranscrit toute l’horreur du terrorisme actuel : on ne sait pas où ils sont, comment ils recrutent et pourquoi ils agissent ainsi si ce n’est pour se venger d’un monde qu’ils estiment corrompus, contre lequel il faut partir en guerre. Celle-ci est menée contre les infidèles. Elle est la seule issue possible pour purifier le monde. Mais de quel monde s’agit-il si ce n’est de celui des fanatiques ?

Pour renforcer la tension, Anthony Maras s’appuie sur un casting impeccable. Ces actrices et acteurs tiennent leur rang et insufflent dans chaque personnage campé, chaque action menée, l’humanité qui manque à ces terroristes. Sans pour autant jouer sur le manichéisme, “le bien contre le mal”, le réalisateur provoque un rejet pur et simple des attaquants pour se concentrer sur la question essentielle : quelle est leur motivation ? Ainsi, Anthony Maras réussit à ne pas schématiser ces fous de Dieu. Ils sont des machines endoctrinées, sous la commande d’une entité plus puissante, mais à aucun moment stéréotypés.

Face à ces fanatiques, des femmes et des hommes à l’humanité infinie à commencer par Armie Hammer en jeune père courageux. Dev Patel et Anupam Kehr réussissent à porter leur jeu d’aide et de don de soi à l’extrême sans jamais sombrer dans le pathétique. Enfin Jason Isaac, s’il a le rôle du mafieux russe, n’en reste pas moins un être humain qui s’adoucit pour aider Nazanin Boniadi, l’épouse d’Armie Hammer. Pour renforcer la tension dramatique soutenant tout le film, le réalisateur s’appuie sur la lumière sépia et orangée créée par la photographie de Nick Matthews. Le film réussit également à mêler habilement les images d’archives au drame qui se noue sans jamais imposer un côté documentaire à l’histoire. Le travail de montage de Luke Doolan et Peter McNulty est une véritable réussite. Enfin, la partition musicale composée par Hauschka renforce le drame qui couve. Mais à aucun moment elle ne parasite l’histoire car elle est savamment dosée grâce notamment au travail sur le son porté par Justin Astbury.

Attaque à Mumbai fait partie de ces films qui entraînent une pression constante sur le spectateur. Un film où la tension permanente renforce l’empathie pour les personnages sous la menace des terroristes. Attaque à Mumbai est le pendant nécessaire à Taj Mahal pour tenter d’éclairer l’horreur des attentats de 2008. Anthony Maras filme avec rigueur un drame humain où la police semble démunie pour nous amener sur la condition humaine et la folie des hommes quand elle est dictée par la religion. Un premier film réussi mais à ne pas mettre en tous les yeux et pour lequel on pourrait lui reprocher quelques longueurs ici où là.


« Le réalisateur aborde avec finesse le point commun psychologique entre les terroristes et le personnel. Si les premiers servent Allah au nom de leur fanatisme religieux, les seconds servent le client considéré comme un Dieu. Là où la fanatisme amène l’horreur, le don de soi du personnel ouvre la porte à l’abnégation et la volonté d’aider les autres à tout prix. »


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