Anon réalisé par Andrew Niccol [Sortie de Séance Netflix]

Synopsis : “Dans un avenir où l’intimité est abolie, un enquêteur se penche sur le profil d’un tueur en série qui a été effacé de tous les enregistrements visuels.”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Voir le dernier long-métrage en date réalisé par Andrew Niccol, débarquer directement sur Netflix n’est en rien une surprise si on en regarde de plus prêt. La plateforme de streaming en ligne américaine est de plus en plus puissante, pour ne pas dire qu’elle est à l’heure actuelle la société la plus puissante du marché dont elle fait partie. Si beaucoup (et j’en fais partie) critiquent cette même plateforme pour de multiples raisons évidentes (catalogues trop modernes, des productions juste médiocres…), elle n’en demeure pas moins puissante. Une puissance qui lui permet, à l’image d’une société comme Blumhouse Productions pour rester aux États-Unis, de donner de l’argent à des cinéastes qui ne trouvent pas les financements nécessaires à la mise en route, ou à la finalisation, de leurs projets. Grâce à cette puissance, les dirigeants de chez Netflix ont la possibilité de s’appuyer sur l’appropriation d’œuvres populaires qui permettront de créer un engouement (qui se reflètera dans le nombre d’abonnés) et des revenus, pour ensuite produire de plus petits films. Parmi ses derniers, on retrouve Duncan Jones, Drake Doremus et aujourd’hui Andrew Niccol. Mute, Newness et Anon. Trois films d’anticipation pouvant être caractérisés comme indépendants dans leurs volontés respectives de minimalisme. Mute était une production de plus grande ampleur, avec un scénario plus riche, mais il en a payé les frais, car confus et brouillon de par cette volonté de développer trop d’arcs narratifs simultanément.

“Peindre un univers dystopique froid et monolithique est une chose, mais lui inculquer une profondeur par un scénario et des personnages travaillés en est une autre.”

À l’image d’un Drake Doremus, Andrew Niccol n’a jamais véritablement connu le succès. Si Bienvenu à Gattaca et Lord of War sont aujourd’hui devenus cultes pour bien d’entre nous ils n’ont pas affolé le box-office à leurs sorties. À peine 72 millions de dollars de recettes à l’international pour un budget estimé à 50 millions de dollars. In Time avec au casting Justin Timberlake et Amanda Seyfried eu un plus large succès (173 millions de dollars de recettes pour 40 millions de dollars de budget), mais n’en était pas bon pour autant. Comme quoi qualité et box-office ne sont pas toujours liés. Néanmoins, il est un cinéaste qui a marqué les consciences et le cinéma grâce à un cinéma fort et engagé. Si Drake Doremus aborde l’anticipation avec un regard plus romantique, toujours avec l’envie de dénoncer l’avancée technologique, Andrew Niccol de son côté prend les armes tout ayant un regard plus pessimiste et mélancolique. L’amour semble perdu et plus présent dans le monde froid que peint le cinéaste américain. Si on aime ce genre de cinéma, ce cinéma d’anticipation intimiste et où chaque histoire est fondée sur un concept qui navigue entre réalisme et surréalisme, il va néanmoins être difficile de défendre Anon.

Anon, repose sur le concept même de l’anéantissement de la vie privée par la technologie. Ce que l’être humain voit, les autres peuvent également le voir. Un concept aussi audacieux qu’intéressant puisque optant pour le parti prit de l’anticipation pessimiste et réaliste au détriment du surréalisme. Débutant par un plan serré sur l’oeil du protagoniste légèrement décadré de façon à ce qu’il soit possible de voir sa vision tout en créant une illusion de mouvement, le plan en question annonce la couleur et dévoile le concept du film sans avoir à être trop explicatif. Au-delà de la simple beauté du plan, il est évocateur et celui qui va suivre va démontrer à son tour qu’il va être question d’un changement dans la façon de voir l’action. Montrer les personnages à l’action, mais également montrer cette même action en vue première personne. Parti pris de réalisation logique et justifié par le concept même de surveillance par l’iris du film. Le changement de format (du 2.35 au 1.85) est bienvenu et permet au film de ne pas sombrer dans une redondance irrémédiable, même s’il n’est pas une vraie vue première personne, mais une vue légèrement remaniée du dessus de la tête de l’acteur.rice. Débuter avec la mise à nue de telles idées, tant scénaristiques que de réalisation est aguicheur. Surtout lorsque le concept sur lequel repose l’intégralité du scénario est aussi fort, offrant des possibilités aussi diverses que variées. Malheureusement, l’attractivité de la séquence introductive ne va être que la longue et lente descente vers les limbes d’un spectateur qui sombre dans l’ennui.

Exactement à l’image du précédent film de son metteur en scène In Time, Anon est un long métrage qui n’explore pas suffisamment, pour ne pas dire pas du tout, le concept sur lequel il repose. Il va uniquement s’en servir afin de mettre en scène une histoire sentimentale qui ne va à aucun moment surprendre. Un diamant brut que le metteur en scène ne taille à aucun moment, mais ne fait qu’admirer. Oui, il est beau, mais il nous en faut plus. Du haut de ses 1h50 de durée le film démontre séquence après séquence toutes les faiblesses d’un scénario qui se contente du minimum pour aboutir à une morale que n’importe quel spectateur logique de raisonnement aurait compris sans même voir le film. Le scénario ne va à aucun moment cherché à voir plus loin que la simple démonstration du questionnement : “contourner la loi pour retrouver une vie privée dans un tel monde, ne serait-ce pas la bonne chose à faire ?” Questionnement intéressant (porté par le personnage incarné par Amanda Seyfried montrée comme une révolutionnaire combattant un système qui abolit toutes les libertés nécessaires à l’être humain) puisqu’il va chercher à démontrer les limites de la bienfaisance de l’usage des technologies, mais qui se résume fondamentalement dans le simple dialogue qui clôture le film. Un dialogue fort et qui fait sens, bien plus que les longues phases d’enquêtes qui établissent la majeure partie du long-métrage. Anon n’est qu’un film policier d’anticipation qui enchaîne les séquences d’investigation et les remises en question d’un personnage meurtri pour lequel le spectateur n’a absolument aucune empathie. Si visuellement le film est beau, porté par une direction artistique froide et déshumanisée amplifiant le désarroi d’un monde où toute liberté fondamentale semble révolue, ce travail visuel ne fait qu’amplifier la frustration du spectateur.

Andrew Niccol possède toujours cette envie de se faire porte-parole cinématographique d’un mal technologique qui pourrait ronger notre société. Le matériau est présent de par un concept fort, et ne demande qu’à être exploité par le prisme d’un scénario qui oserait aller au-delà des conventions et des codes déjà exploités de mille et une manières. Ce que Anon ne possède malheureusement pas. Conventionnel, balisé et d’une platitude monumentale faute à une mise en scène beaucoup trop statique, n’exploitant aucunement la richesse du concept sur lequel repose le film. Andrew Niccol réussit néanmoins à peindre un univers froid de par la colorimétrie choisie et des décors aussi modernes et élégants que déshumanisés. Il inculque un certain dynamisme à ce même univers grâce à sa manière de le filmer. C’est extrêmement beau, les cadres sont structurés, joliment éclairés et les angles fréquemment cassé afin de ne pas reposer sur une même manière de montrer l’action encore et toujours. Cependant, ça ne cache en rien un scénario problématique, car cultivant un vide qui ne peut être comblé. Il ne se passe rien, rien de palpitant, aucun rebondissement ou révélation ne serait-ce que pour faire évoluer les personnages, ici vides de tout. Des personnages monolithiques, car envahis par la froideur de leur univers, mais pas touchant ou empathique une seule seconde. Logique, mais pas intéressant. Le manque de rythme, n’aide en rien à s’immerger dans un récit qui peine à raconter quelque chose d’intéressant et qui n’ai pas été déjà contés au travers d’autres œuvres cinématographiques ou non. Revoyez Bienvenu à Gattaca, Lord of War, Good Kill ou encore In Time, mais faites l’impasse sur Anon, malgré ce concept qui aurait pu lui permettre d’être un grand cru pour le cinéaste américain.

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