Anna, clap de fin pour le réalisateur français Luc Besson ?

Synopsis : « Les Matriochka sont des poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres. Chaque poupée en cache une autre. Anna est une jolie femme de 24 ans, mais qui est-elle vraiment et combien de femmes se cachent en elle ? Est-ce une simple vendeuse de poupées sur le marché de Moscou ? Un top model qui défile à Paris ? Une tueuse qui ensanglante Milan ? Un flic corrompu ? Un agent double ? Ou tout simplement une redoutable joueuse d’échecs ? Il faudra attendre la fin de la partie pour savoir qui est vraiment ANNA et qui est “échec et mat”. »


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Alors que depuis quelques mois le réalisateur français fait parler de lui dans le cadre d’accusations de harcèlement, c’est aujourd’hui bel et bien par le biais du cinéma qu’on le retrouve. Avant que l’on ne m’accuse de quoi que ce soit, il est bon de dire que Luc Besson n’est aucunement un réalisateur que je déteste. Il a été un grand (en France tout du moins) entre 1984 et 1997. Ambitieux vis-à-vis de la concurrence sur le territoire français, car s’essayant à des genres aussi divers que variés, toujours avec des projets porteurs de scénarios dont les histoires étaient construites autour de personnages aussi drôles que touchants, pour ne pas dire bouleversant pour quelques rares d’entre eux. Avec EuropaCorp il a tenté d’ouvrir la France à autre chose. Produire des films d’action qui ne coûtaient rien, afin d’engranger de l’argent pour ensuite donner leurs chances à des productions plus ambitieuses. Ça n’a pas duré, mais c’était louable. La volonté du réalisateur, c’était également de permettre l’exportation du cinéma français vers les États-Unis principalement, tout en s’essayant au divertissement à l’américaine depuis la France. Des budgets colossaux pour des films qui, même s’ils trouvaient leur public (Lucy en l’occurrence), ne réussissaient pas à convaincre pleinement tant les spectateurs que la critique. Aujourd’hui la recette Besson ne fait plus recettes, même si l’on admet que pendant un temps il était au sommet. Pourquoi est-ce qu’un film comme Valérian et la Cité des mille planètes, ou même Lucy, n’a pas su marquer autant qu’un Léon, Subway ou Le Grand Bleu a leurs époques respectives ? Question à laquelle l’on va répondre indirectement par le prisme de son dernier film en date, Anna, véritable naufrage cinématographique qui ferait passer Lucy pour un chef-d’œuvre du cinéma d’anticipation.

Est-ce que vous avez lu le synopsis du film ? Non ? Je vous remets un petit extrait : “Les Matriochka sont des poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres. Chaque poupée en cache une autre. Anna est une jolie femme de 24 ans, mais qui est-elle vraiment et combien de femmes se cachent en elle ?”. Voici la moitié du synopsis officiel du film Anna. Du remplissage, combler du vide par du vide. Tenter de faire croire au spectateur que l’on va lui raconter une histoire complexe. L’histoire d’une jeune femme psychologiquement indescriptible. Chaque courte phrase que comporte ce synopsis renvoie à la même idée. Les nombreuses phrases de ce synopsis sous-entendent la même chose : Anna raconte l’histoire d’une tueuse à gages qui change de costume pour atteindre chaque nouvelle cible. Un synopsis cache-misère à l’image même de la narration employée au sein du film.

Flashback sur flashback, flashforward sur flashforward, cette narration déconstruite transporte les spectateurs ad vitam nauseam sur une timeline dont il ne comprend rapidement plus rien, mais ce n’est pas bien grave. Il n’est fondamentalement pas grave de ne pas comprendre en quel mois ou en quelle année l’action de chaque séquence se déroule, car chaque flashback ou un flashforward n’a pour utilité que de faire comprendre qu’elle avait tout prévu. Tu croyais Anna en détresse ? Détrompe-toi, elle savait qu’elle allait être prise entre deux feux. Ils sont tombés dans son piège et non l’inverse. Et là, et là… c’est le drame. Clairement le film n’a rien à raconter d’intéressant et tente la déconstruction narrative afin de pimenter une expérience extrêmement fade. Ajoutez un piment sur un plat que vous détestez, vous en sortirez avec la gueule en feu, mais aucun goût en bouche. Juste l’envie de crever. Risible au point de faire rire la moitié d’une salle de presse, au point de faire souffler d’ennui sur le long terme face à une œuvre poussive qui à aucun moment ne réussit à convaincre, ou ne serait-ce qu’à divertir. Au-delà de son histoire, aussi prévisible, manichéen, didactique et grossièrement écrit soit-il, c’est bel et bien le scénario dans son entièreté qui pose problème.

Porté par un personnage principal jamais rendu attachant (en se focalisant uniquement sur l’action le cinéaste ne lui octroie à aucun moment une quelconque personnalité intéressante à découvrir ou à décrypter), des personnages secondaires qui ne servent qu’à démontrer qu’elle est une espionne russe qui se sert de son magnifique corps et de l’acte sexuel pour troubler la gente masculine (elle est un objet sexuel, mais encore une fois c’était son plan et ça change tout), une histoire ridicule au possible tout en ayant déjà été racontée douze fois à l’année, des dialogues pitoyables… Passons, après tout Anna est un thriller d’action, peut-être que les scènes d’action peuvent suffire à combler l’appétit l’amateur de cinéma d’action. Eh bien non. Il y a au sein des productions EuropaCorp, un réel problème dans la manière de construire puis de filmer (puis de découper et monter même) une scène d’action.

Ce n’est pas parce qu’une première voiture lancée à 150 km/h va s’encastrer dans une seconde voiture à l’arrêt que l’action en question va provoquer de réelles sensations chez le spectateur. Un réel manque de sensation qui se ressent au sein de chacun des plans. Il n’y a aucune cohésion entre la chorégraphie et la réalisation, aucun impact, aucune réelle sensation, l’impression de l’impassibilité d’un metteur en scène désemparé. Si les chorégraphies étaient belles, ça serait déjà une bonne chose, mais ça n’est pas le cas. Elles ne sont que l’enchaînement de mouvements pas impactant, pas beaux à voir à l’image. Rien ne semble penser pour être beau, stylisé, impactant… La seule chose que provoque le visionnement de ce film c’est de l’ennui et de l’incompréhension. Donnez un gimbal bien calibré à un bon chorégraphe et il vous offrira un plan-séquence aussi magistral que spectaculaire.

Si les premières et précédentes œuvres du réalisateur français ne brillaient pas grâce à leurs sensibilité ou subtilité respectives, elles possédaient (pour les première tout du moins) néanmoins de beaux personnages. Il y avait dans la manière de diriger et de mettre en scène ses acteurs et actrices, une réelle tendresse pour ses derniers. Une volonté d’aller chercher une émotion, une sensibilité derrière des carapaces assez brutes (Léon, Le Grand Bleu, Subway et même Le Cinquième Élément). Perfectibles, mais une étincelle grâce à quelques beaux moments, quelques bons choix dans la manière de mettre en scène et de donner une intention de jeu. Depuis plusieurs années et cette volonté de faire comme le cinéma américain (le spectacle avant tout), le cinéaste a complètement délaissé ses personnages. Une mise en avant de l’action et aucun temps mort, aucun réel moment de vie donnant du corps à ces mêmes personnages. Anna est la quintessence de cette dégringolade insipide à l’américaine. Les acteurs et actrices n’ont rien à jouer. Ils et elles ne sont que des fonctions, que des stéréotypes, ils et elles n’existent pas. Le film donne l’impression que le cinéaste ne s’intéresse pas à ses personnages, il s’intéresse seulement à ce qu’ils font, vont faire et doivent faire. L’action au détriment de l’émotion, au détriment de tout. Bien dommage surtout lorsque l’action est aussi ennuyante, mal chorégraphiée, pensée et filmée que dans le cas d’un film comme Anna.

En cette époque où les avancées technologiques et l’intelligence artificielle captive autant qu’elle effraie, l’on pourrait citer de manière métaphorique l’auteur Isaac Asimov (réinterprété par les scénaristes Jeff Vintar and Akiva Goldsman) “Ever since the first computers, there have always been ghosts in the machine.”. S’il y a eu un jour en lui ce fantôme, cette âme, qui a fait de Luc Besson le metteur en scène qu’il a été, le visionnement du film Anna porte à croire qu’il n’est plus là. Casting, équipe technique… tous aussi talentueux soient-ils, ne font que de la figuration au sein de cette oeuvre dont il n’y a absolument rien, même pas une frame à sauver. Y’a pas une idée de mise en scène qui fonctionne, pas une idée de cadrage, d’éclairage qui viendrait styliser un moment, une simple action. Pas une idée de montage ou de découpage qui viendrait incrémenter une once de rythme. C’est ennuyant, long et risible. C’est triste à écrire, mais il n’y a rien, juste rien.


« S’il y a eu un jour en lui ce fantôme, cette âme, qui a fait de Luc Besson le metteur en scène qu’il a été, le visionnement du film Anna porte à croire qu’il n’est plus là. »


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