AMI-AMI réalisé par Victor Saint Macary [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Quoi de mieux pour ne plus jamais souffrir en amour que de tourner le dos à la vie de couple et de s’installer en coloc’ avec son meilleur ami ? C’est en tout cas ce qu’a décidé Vincent, ravagé par sa dernière rupture ! À un détail près : son meilleur ami est une meilleure amie, Néféli, jeune avocate déjantée. À peine installés, les deux potes se jurent de ne plus jamais tomber amoureux, de vivre d’amitié et d’histoires sans lendemain. Mais après quelques semaines de cohabitation complice et festive, Vincent rencontre Julie…”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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Quand on évoque le genre de la comédie en France, on ne peut s’empêcher de penser tout de suite à des comédies lourdingues à l’humour à la limite du racisme et de l’homophobie, de « Qu’es-ce qu’on a fait au bon dieu ? » au film « Les Nouvelles Aventures d’Aladin », en passant par les comédies de la bande à Philippe Lacheau, Babysitting ou encore « Épouse-moi mon pote », qui se vantent d’un humour soi-disant subversif. Ce qui manque à nos comédies françaises, ce sont des signatures, des pattes d’auteurs qui évoque à travers l’humour des sujets en rapport avec notre actualité politique et sociale, à l’image de « Cherchez la femme » réalisé par Sou Abadi qui dresse un portrait de notre France actuelle et de son rapport conflictuel à la religion, avec une certaine finesse, et un soin apporté à l’écriture, tout ce que n’ont pas les comédies françaises qui traitent de l’actualité politique et de sujets tabous maladroitement, comme « Qu’es-ce qu’on a fait au bon dieu ? » entre autres.

Puis il y a de jeunes auteurs qui viennent proposer un humour avec de réels partis pris d’écritures, s’intéressant aux relations sociales et amoureuses. Comme avait pu le faire la réalisatrice Justine Triet avec Victoria qui dressait le portrait burlesque de la vie d’une jeune femme interprétée par Virginie Efira, empruntant à l’humour de la comédie américaine de Blake Edwards à Judd Apatow. Et c’est dans cette lignée que se situe le premier film écrit et réalisé par Victor Saint Macary, également co-scénariste sur le film réalisé par Yvan Attal, Le Brio, sorti récemment.

AMI-AMI raconte l’histoire de Vincent (interprété par William Lebghil) qui décide d’emménager avec sa meilleure amie Néféli (interprétée par Margot Bancilhon), et de tourner le dos aux attaches de la vie amoureuse et de couple. Mais Vincent finit par rencontrer Julie (interprétée par Camille Razat), dont il tombe amoureux. De nombreuses péripéties vont suivre, Vincent s’embarquant dans des tissus de mensonges pour cacher à Néféli sa relation avec Julie, ainsi que pour cacher à cette dernière qu’il vit en colocation avec sa meilleure « amie ». De ce pitch de départ né une forme de relation ami-amour à trois, où les dialogues deviennent le terrain d’une analyse des relations sociales contemporaines plutôt intéressante.

L’écriture oscille habilement entre des dialogues bien écrits et qui ont du sens, et un rythme servie par une répartie verbale entre des comédiens de talents (William Lebghil, après Cherchez la Femme, confirme un véritable potentiel lorsqu’il est exploité par des cinéastes de talents, loin de la série Soda et de son acolyte Kev Adams). L’écriture de Victor Saint Macary et de ses co-scénaristes (Thomas Cailley, Audrey Diwan, Benjamin Charbit) emprunte par moment au langage cru d’un Judd Apatow (SuperGrave, En Cloque : mode d’emploi, etc.) et aux situations burlesques du cinéma d’Howard Hawks (L’Impossible Monsieur Bébé, 1938), avec un certain panache pour le slapstick. Le slapstick étant un genre d’humour qui va utiliser le corps des personnages de manière très expressive afin d’aller chercher un rire ou un sourire chez le spectateur. Les corps des personnages reflétant les difficultés de cette « relation à trois » dans des situations qui ne manque pas de férocité, notamment lors d’une scène de dispute dans l’appartement de Vincent et Néféli, qui implique un frigo, pour ne pas trop en dévoiler.

Sans révolutionner le genre pour autant et en passant par quelques facilités scénaristiques un peu grossières au niveau de l’écriture, des grosses ficelles que l’on pardonne tout de même pour l’intelligence et le soin apporté aux dialogues, ainsi qu’une direction d’acteurs maîtrisée, Victor Saint Macary signe avec AMI-AMI un premier long-métrage réussi qui apporte une fraîcheur plutôt bienvenue à la comédie française qui puise dans le potentiel de l’écriture burlesque à l’américaine. Une comédie de qualité donc, notamment grâce au talent de ses jeunes acteurs et actrice. William Lebghil pour le côté masculin du casting et les talentueuses Camille Razat et Margot Bancilhon (remarqué dans le non-moins remarquable FIVE réalisé par Igor Gotesman) pour le côté féminin. Des acteurs très expressifs et à l’énergie communicative, inculquant au film un dynamisme entraînant. Une parité sur laquelle joue énormément le metteur en scène, et qui fait également plaisir à voir, découvrant des personnages féminins qui ont du caractère.

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