Alliés (Critique | 2016) réalisé par Robert Zemeckis

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Synopsis : “Casablanca 1942.  Au service du contre-espionnage allié, l’agent Max Vatan rencontre la résistante française Marianne Beauséjour lors d’une mission à haut risque. C’est le début d’une relation passionnée. Ils se marient et entament une nouvelle vie à Londres. Quelques mois plus tard, Max est informé par les services secrets britanniques que Marianne pourrait être une espionne allemande. Il a 72 heures pour découvrir la vérité sur celle qu’il aime. “

Alliés, un film au scénario mièvre et conventionnel...

Il y a des cinéastes qui avec certaines de leurs œuvres, ont bercé des générations de cinéphiles. Chaque nouveau film devient un évènement, un évènement qui va rassembler au point que l’on omettra de citer le titre du film en disant simplement : “Et si on allait voir le nouveau… ?”. Martin Scorsese en est l’exemple le plus flagrant. Avec plus de quarante ans de carrière et presque autant d’œuvres cinématographiques toutes plus intéressantes les unes que les autres, son nom dépasse le simple stade de la cinéphilie et du cinéma en règle général. Steven Spielberg ou encore Woody Allen – pour ne citer qu’eux – sont également dans la même catégorie de cinéastes. À une échelle moindre, des réalisateurs plus jeunes le sont également. Qu’on aime ou non, Christopher Nolan ou encore Quentin Tarantino vont créer l’évènement à chaque nouvelle sortie. Pour en venir à ce qui nous intéresse ici, Robert Zemeckis semble être un cas à part. Grand cinéaste et réalisateur de talent, Robert Zemeckis ne semble pas avoir la même aura. Une filmographie plus restreinte avec une marge importante entre chaque nouvelle œuvre joue peut-être en sa défaveur (même si au contraire c’est tout à son honneur de choisir et faire les films qu’il souhaite). Cependant, près de la moitié des films qu’il a réalisés au court de sa carrière ont marqué l’histoire du cinéma. La Trilogie Retour vers le futur, Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, ou encore Forrest Gump.

Depuis 2004 et la sortie du film d’animation Le Pôle Express il semble avoir moins marqué les esprits, mais à tout de même réalisé de grands films. Vous pouvez répondre à ça en disant : “Mais aujourd’hui, à l’heure de l’hyper-connexion et d’une consommation à outrance de films, musiques et autres, comment réaliser un film qui marquera les esprits et l’histoire du cinéma ?”. Ce sont des films dont on parle peut-être moins, qui ne nous viennent pas directement à l’esprit lors de conversation sur le cinéma. Ses derniers films en date sont peut-être plus conventionnels et moins “révolutionnaires”, mais il en reste des films qui ont prouvé que Robert Zemeckis a une véritable patte artistique (The Walk – Rêver plus haut NDLR). Une patte qu’il assume de plus en plus, notamment depuis la sortie de son dernier film. La “Zemeckis Touch” qui ferait que l’on pourrait le reconnaître sans être crédité pour autant. Au-delà du réalisateur qu’il est, Robert Zemeckis est un technicien hors pair. Un magicien de l’image qui ne se contente pas de transposer le script qui va lui être fourni par un quelconque scénariste, s’il n’a pas participé à son élaboration en amont.

Il a dernièrement participé à l’écriture du scénario du film The Walk – Rêver plus haut, mais n’a pas écrit et réalisé depuis Le Drôle Noël de Scrooge. Scénario qui plus est adapté de l’œuvre éponyme de Charles Dickens. Néanmoins, sans pour autant les écrire, Robert Zemeckis se tourne toujours vers des projets qui lui ressemble et auquel il pense pouvoir apporter quelque chose. Sur le papier, Alliés est un long-métrage qui n’a absolument aucune originalité. Alliés a été vendu comme un jeu de dupes dont les pions principaux pourraient être des agents infiltrés ou sous couverture. Sans être original, le film part même avec un handicap : son scénario qui semble convenu, prévisible et manichéen. Malgré quelques belles idées, une fin paradoxale, car à la fois douce et tragique dans le ton du film et l’envie de mettre au premier plan la passion existante entre les deux protagonistes au détriment de l’aspect espionnage (dont on se moque éperdument), le scénario écrit par Steven Knight est mièvre et d’une banalité sans nom. Prévisible, manichéen, des personnages secondaires sans saveur simplement au service des personnages secondaires et pour faire avancer le récit… Un scénario qui, dans les mains d’un réalisateur qui se contenterait de le transposer sans aucune volonté de recherche et de créativité, aurait donné un film regardable, mais sans aucun intérêt. Si les cinéphiles se souviennent du film Contact, c’est notamment grâce à son fameux plan du miroir. Si les cinéphiles et amateurs de technique se souviendront un tant soit peu de Alliés, ce sera grâce à la virtuosité de son metteur en scène.

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... sublimé par des techniciens hors pair.

Ce jeu de dupes qu’est Alliés est en réalité un film qui représente à la perfection le cinéma de Robert Zemeckis. Un cinéma qui se joue de la réalité, qui joue avec la réalité et les faux semblants. Il use et abuse dans sa mise en scène de miroirs et joue avec les reflets. Le sous-entendu est simple, mais beau et bien réalisé. Là où le cinéma devient un art dynamique où l’accent est mis sur le grand spectacle, Robert Zemeckis cherche à être créatif. Alliés est un film doux, une romance dramatique dont la lenteur en déconcertera plus d’un. Toute la première partie du film qui se déroule dans la ville de Casablanca est très lente. Les plans sont assez lents et longs, ainsi les mouvements de caméra et des acteurs. Le cinéaste pousse le spectateur à contempler les environnements, décors et personnages qui déambulent, vont, viennent et se parlent avec une certaine nonchalance. Il n’abuse pas de simples champ/contre-champ, préférant jouer avec l’espace et les décors qui vont être de véritables éléments de jeu tant pour les acteurs que pour lui. Un personnage hors champ au démarrage d’une séquence, y sera impliqué tôt au tard. Les miroirs, arrières-plans du cadre vont être à ce niveau très important et très bien exploités par la mise en scène.

Rien n’est laissé au hasard et si le couple principal est installé à une table, elle-même positionnée devant l’entrée d’un bâtiment, c’est parce que cette dernière sera utilisée au travers de ce même plan par la suite. C’est un véritable travail d’orfèvre qui fait plaisir à voir et porte à croire que le cinéma peut-être également fait par des techniciens passionnés et talentueux. Si le plan d’ouverture du film pique légèrement la rétine à cause d’une incrustation numérique douteuse, Alliés s’avère être par la suite un film à l’esthétique absolument magnifique. Tant dans ses scènes de jour que de nuit, c’est un film extrêmement lumineux. Les couleurs sont chatoyantes, éclatantes et vives (allant presque par moment jusqu’à donner l’impression de détacher les personnages de l’arrière-plan, donner une impression d’incrustation), mais toujours en corrélation avec le ton des séquences. Des choix de colorimétrie qui permettent de dissocier avec précision les séquences les unes des autres et de proposer des atmosphères disparates. Une photographie lumineuse, portée par une colorimétrie aux teintes chaudes qui vont rendre les séquences à Casablanca étouffantes, alors que les séquences à Londres sont plus douces, plus respirables avec une accentuation sur le blanc, le bleu… Avec des retours par petites touches, à ces couleurs dans d’autres séquences. Des choix qui valent tant dans les scènes en intérieur, qu’en extérieur.

Alliés est un film de technicien, un film réalisé par un faiseur d’exception qui va, par le biais de sa direction d’acteur et de sa réalisation, sublimer un scénario conventionnel. Il n’est pas le seul maître à bord, puisque le visuel ne fait pas tout. Si Alliés réussit à transporter et à faire tenir sur la durée, c’est également grâce à un travail sonore de qualité. Le mixage sonore est minutieux et d’excellente facture. Lorsque la mise en scène ne suffit pas à créer une tension ou que le réalisateur souhaite jouer sur le hors champ et créer de cette manière un suspense, vont être utilisés et amplifiés les bruits environnants. Le silence est plus étouffant et stressant qu’une musique dite de suspense. Certaines scènes du film appliquent bien cette règle, créant de cette manière une atmosphère et n’exagérant pas dans l’utilisation de compositions originales. Fidèle au poste, Alan Silvestri (beaucoup de similitudes avec la BO de Seul au Monde) signe ici une bande originale douce et touchante. Une bande originale qui ne fait pas pression sur l’image et sait se faire entendre lorsque c’est nécessaire. Alliés est un pur film de technicien, un pur produit Zemeckis. Un film doux, tendre et magnifiquement orchestré. On peut lui reprocher beaucoup de choses, dont un casting d’acteurs secondaires médiocre et un scénario classique, mais focalisons-nous avant tout sur le travail technique réalisé. Un travail que l’on retrouve de moins en moins dans une industrie qui privilégie le grand spectacle au beau spectacle. Qui plus est, Alliés est un film américain à gros budget (65 millions de dollars) donc ne boudons pas notre plaisir en attendant qu’un nouveau grand cinéaste fasse son retour. Silence, on t’attend !

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