Agents Presque Secrets (Critique | 2016) réalisé par Rawson Marshall Thurber

Synopsis : “Un ancien geek devenu agent d’élite à la CIA, revient chez lui à l’occasion de la réunion des anciens du lycée dont il était à l’époque le souffre-douleur. Se vantant d’être sur une affaire top secrète, il recrute alors pour le seconder le gars le plus populaire de sa promo d’alors, aujourd’hui comptable désabusé. Avant même que notre col blanc ne réalise ce dans quoi il s’est embarqué, il est trop tard pour faire marche arrière. Le voilà propulsé sans autre cérémonie par son nouveau « meilleur ami » dans le monde du contre-espionnage où, sous le feu croisé des balles et des trahisons, les statistiques de leur survie deviennent bien difficile à chiffrer… même pour un comptable.”

Faire rire au cinéma est un art difficile. Peut-être le plus difficile de tous puisque pour se faire il faut avoir une plume des plus correctes. Il faut savoir écrire de bons dialogues, créer de bonnes situations afin de rendre ces mêmes dialogues un tant soit peu crédibles et rendre ses personnages suffisamment intéressants pour ne pas sombrer dans les tiroirs aux stéréotypes. Une tâche difficile et rarement réussie dans un cinéma moderne et populaire où prône le classicisme et les vannes potaches. Rawson Marshall Thurber est un réalisateur américain, à qui l’on doit déjà les comédies “Dodgeball, même pas mal“, ainsi que “Les Miller, une famille en herbe“. Deux comédies qui ont su trouver leur public en salle ou qui ont réussi à se faire une réputation suite à leurs sorties en vidéos, mais avant tout deux comédies représentatives de leur période respective de sortie. La première était portée par le duo Ben Stiller/Vince Vaughn, duo comique à la mode au début des années 2000 et qui rapportait à l’international. Owen Wilson traîne également dans les partages, il rôde… La seconde était quant à elle portée par Jennifer Aniston, actrice bien connue pour son rôle de Rachel dans la série Friends, qui, par le biais du genre qu’est la comédie et plus particulièrement du film Comment Tuer Son Boss, a cherché à se faire une nouvelle image. Chose plutôt réussie même si aujourd’hui elle s’est enfermée dans un carcan dont elle ne sortira surement plus. Central Intelligence, ou plutôt Agents Presque Secrets dans sa traduction foireuse française qui surfe sur la vague des titres accrocheurs comme Agents Très Spéciaux ou Spy, est, à l’image des deux premiers films réalisés par, un film représentatif du cinéma grand public de sa période de sortie, mais étrangement il est vraiment de qualité. L’on démontre cette représentation de l’époque à plusieurs niveaux, en commençant par bien évidemment : son casting. Dwayne ‘The Rock’ Johnson est l’un des acteurs les plus bankable du moment. Depuis G.I. Joe Conspiration (très bon film d’action au demeurant), il enchaîne les projets et les succès au Box Office à l’international. Quant à son comparse Kevin Hart, il est moins connu chez nous, mais connaît aux États-Unis une fulgurance de carrière à la Chris Rock dans son époque Rush Hour. Espérons pour lui, qu’il ne se fasse pas oublier de la même manière. Un duo inédit donc, mais qui avait tout pour se voir être réuni dans un projet tel que celui-ci.

“Saving the world takes : A little Hart and a big Johnson !”

Il suffit de lire et de comprendre la tagline du film pour comprendre que cette comédie d’action va s’axer avant tout sur son duo principal. Kevin Hart et Dwayne ‘The Rock’ Johnson, un duo inédit à ce jour, mais que l’on reverra à partir d’aujourd’hui à de multiples reprises dans divers projets cinématographiques. Lorsque l’on voit les deux trublions côte à côte, l’on pense bien évidemment au duo comique Laurel et Hardy. Tant sur le plan physique (Kevin Hart et son mètre soixante, peut paraître ridicule face à un Dwayne Johnson tout en muscles), que sur le plan caractériel (Hart incarne un personnage teigneux face à un Johnson déconneur). Tous les éléments étaient réunis pour que ce duo puisse être explosif, mais tout était également réuni pour que l’humour du film use et abuse des différences physiques entre les deux. Ce qui n’est finalement pas le cas, grâce à un scénario rondement mené. Scénario écrit à quatre mains par David Stassen et Ike Barinholtz, qui va s’inscrire dans la veine d’un Lethal Weapon concernant la mise en avant des personnages. Contrairement à la majeure partie des comédies actuelles, Agents Presque Secrets n’est pas une simple parodie de films d’espionnage dans laquelle tout est bon pour créer un gag, une scène d’action ou lancer une punch-line ridicule afin de chercher à tout prix à faire rire le spectateur. Agents Presque Secrets repose sur un scénario qui va prendre son temps, prendre le temps nécessaire pour caractériser ses personnages et leur offrir un véritable background.

CENTRAL INTELLIGENCECENTRAL INTELLIGENCE


Contrairement à un Lethal Weapon, les personnages ne sont pas dotés de personnalités torturées, tourmentées et au bord du gouffre. L’on en est loin. L’on reste face à une comédie grand public, mais le traitement des personnages va s’avérer similaire. Très peu d’action dans la première partie du film, dans sa première demi-heure. Une demi-heure dédiée aux personnages, à ce qu’ils étaient avant le présent dans lequel s’inscrit la fiction (durant leur période universitaire), avant de découvrir ce qu’ils sont devenus. D’en découvrir plus précisément un, afin de laisser planer le doute sur la personnalité du second, puisque tel va être l’enjeu de l’histoire. Calvin Joyner peut-il avoir confiance en Bob Stone ? Une histoire sur fond d’espionnage et de trahisons, mais qui va avant tout faire en sorte que les deux personnages se réunissent et se lient d’amitié sans que ce soit pour autant réciproque pendant un moment avant d’aboutir sur la formation d’un véritable duo lors d’un long climax explosif. Le scénario de ce film réunit tous les éléments nécessaires à la création d’un bon buddy-movie. Des scènes d’actions explosives à la mise en scène convenable, quelques beaux moments de rire ainsi qu’une complicité et complémentarité qui nourrit le film faisant transparaître une bonne humeur communicative entre le spectateur et le duo principal. Un duo aux membres qui se cherchent, qui ne savent pas s’ils peuvent se faire confiance.

La confiance et la réciprocité de cette même confiance entre les deux personnages sont, les éléments principaux qui vont fonder le duo au fur et à mesure. Une réciprocité amicale intelligemment utilisée dans le script, pas simplement à des fins comiques. Elle va rendre notamment le personnage incarné par Dwayne Johnson plus touchant qu’il ne l’était déjà, car il va se dévoiler comme étant un personnage solitaire, mais également imprévisible. Difficile de déterminer s’il joue double jeu ou non. Le scénario va énormément jouer avec cette amitié en devenir. Il va s’en servir afin de faire rire, mais également afin de caractériser les deux personnages principaux. Une bonne chose, qui va finalement en amener une mauvaise, l’arc narratif dédié aux deux personnages rétrogradant au second plan l’aspect espionnage de l’histoire. L’espionnage ne va être qu’un prétexte afin d’implémenter des scènes d’action au film et à cette bromance en devenir.

Agents Presque Secrets est une comédie d’espionnage au scénario bien écrit grâce à cet accent mis sur le duo principal au détriment de l’histoire d’espionnage, ainsi qu’à son utilisation de références. À la manière de tous les films qui veulent s’inscrire dans l’air du temps et cherchant à créer un lien direct avec les spectateurs, Agents Presque Secrets est un film où s’accumulent bon nombre de références. Par moment inutiles, servant simplement à combler un vide, mais souvent astucieuses, car en adéquation avec la personnalité de celui qui en fait usage. De par ailleurs, là où certaines sont facilement compréhensibles, d’autres s’avèrent plus subtiles, et de ce fait, plus savoureuses pour le spectateur qui croira comprendre l’origine de la blague ou du mouvement. Des références qui ont également le mérite de ne pas être redondantes. Un véritable renouvellement dans le dictionnaire des références, pas forcément à la pop-culture, et ça fait du bien.


En Conclusion :

Agents Presque Secrets, la très probablement dernière très bonne surprise de l’été 2016. Une réalisation didactique, mais sobre et aux mouvements stables offrant une belle lisibilité lors des scènes d’action; une mise en scène en pilotage automatique; mais avant tout un duo d’acteur exemplaire et un scénario qui à défaut d’avoir l’histoire la plus originale du monde, s’offre le luxe de créer un excellent duo comique de cinéma. A l’instar d’un Lethal Weapon ou d’un 21 Jump Street, les personnages qui n’ont au demeurant rien à voir, vont être complémentaires, s’entre-aider et créer un duo aussi drôle que touchant. Une vraie comédie d’action aux personnages attachants et qui sortent légèrement du carcan habituel. Des personnages aucunement exaspérants grâce à des dialogues savoureux et une non utilisation de blagues potaches (enfin !). Porté par la sympathie immédiate que dégagent Kevin Hart et Dwayne Johnson, ces Agents Presque Secrets vont combler la fin d’un été cinématographique 2016 un peu morose !

[usr 4]


Commentaires Facebook

1 commentaire sur “Agents Presque Secrets (Critique | 2016) réalisé par Rawson Marshall Thurber

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *