Adoration, quête d’un amour brut et véritable par le regard d’un enfant

Synopsis : « Paul, un jeune garçon solitaire, rencontre Gloria, la nouvelle patiente de la clinique psychiatrique où travaille sa mère. Tombé amoureux fou de cette adolescente trouble et solaire, Paul va s’enfuir avec elle, loin du monde des adultes… »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Si en dehors de dehors de quelques productions Blumhouse, il n’est pas aisé de trouver un digne représentant du cinéma en genre outre-Atlantique, difficile d’en dire de même concernant l’Europe. Et plus précisément la France et le Belgique. Dominique et Benjamin Rocher, Kim Chapiron, Hélène Cattet et Bruno Forzani, Christophe Gans, Lucile Hadzihalilovic, Julia Ducournau ou encore Fabrice du Welz. Du beau, du très très beau monde qui permet au cinéma francophone de genre de pérenniser tout en se développant en suivant la logique propre à chaque cinéaste, ainsi que les diverses mouvances sociales. Un cinéma souvent violent et qui va par moment, user des codes propre au genre dans le but de dénoncer des problèmes sociaux tout en se voulant avant tout décomplexé afin de divertir et de faire jubiler celui ou celle qui sera venu prendre sa dose de sensations. Mais il est également un cinéma qui se veut poétique et qu’il a toujours été. Le cinéma de genre se n’est pas que de la violence, qu’une explosion d’hémoglobine jubilatoire, kitsch et stylisée. C’est un cinéma poétique, un cinéma qui va majoritairement s’appuyer sur des personnages tourmentés, rendus fragiles par les méandres de la vie et qui va chercher l’épanouissement par la fuite ou la violence.

L’impossibilité de fuir engendrant bien souvent la colère et donc, la violence. Le réalisateur belge Fabrice du Welz est en ce sens, un digne représentant du cinéma de genre francophone. Depuis plus de 15 ans, le cinéaste belge développe une filmographie qui s’appuie sur des personnages tourmentés. Des personnages aux couleurs disparates, mais qui se retrouvent par le prisme de cette même volonté d’épanouissement. Un épanouissement par la violence, l’envie de tuer par amour ou à cause de l’amour. Au-delà de la violence physique, c’est la violence psychologique qui traverse la filmographie francophone de Fabrice du Welz. Une violence psychologique causée par l’amour. L’amour comme élément facteur d’une violence destructrice, qui pousse à réaliser l’impossible. Dans le bon, comme le mauvais sens du terme. La détresse causée par l’abandon de l’autre dans Calvaire, la folie créée par la rencontre de l’autre dans Alléluia et aujourd’hui la découverte de l’amour et des pulsions que cela peut engendrer, dans Adoration. Trois films sur l’amour, trois histoires fondamentalement différentes, trois œuvres qui se complètent grâce à un cinéaste qui ne se repose pas sur ses fondamentaux et ose se remettre en question.

Intéressant de constater que l’âge des protagonistes, décroît de film en film, là où le cinéaste prend de l’âge. Un cinéaste qui gagne en maturité, qui fait évoluer sa filmographie sans en perdre l’essence. La violence physique d’un Calvaire et la tension sexuelle palpable d’un Alléluia se sont estompées au profit de la découverte de soi. La découverte du sentiment amoureux dans sa forme la plus violente. Avec Adoration, Fabrice du Welz rend physique ce qui ne l’est pas. Jouer sur la naïveté et l’insouciance de l’enfance pour mettre une image sur la découverte de l’un des sentiments humains les plus forts. Des réactions fortes et rendues logique grâce à l’âge des protagonistes, dépassés par ce qu’ils ressentent, par ce feu ardent qui s’éveille en eux. Naïfs, insouciants, imprévisibles. Adoration raconte la fuite vers l’avant de deux jeunes adolescents qui découvrent l’amour et le sentiment amoureux, sans que celui-ci ne soit édulcoré par le cinéaste et rendu impossible par l’histoire. Road movie initiatique, Adoration est un film qui cherche à retranscrire par l’image le sentiment amoureux. Une oeuvre qui plonge en plein cœur de ce sentiment au point d’en épouser sa nonchalance. La nonchalance de celui ou celle qui ne cherche fondamentalement qu’à être avec l’autre, qu’à lui tenir la main, à veiller sur elle. Il peut ne rien se passer, comme il peut se passer le pire.

Si la nonchalance recherchée, assumée et appuyée par la mise en scène du cinéaste en rebutera plus d’un, elle enchantera celles et ceux qui ne sont pas réfractaires à la contemplation et aux effets de style appuyés. Grâce à une structure narrative classique, mais qui va permettre d’établir très rapidement un constat psychologique vis-à-vis des protagonistes, le scénario va prendre un malin plaisir à jouer sur le sentiment expectatif du spectateur. Des personnages imprévisibles, gagnés par le développement de ce sentiment amoureux en chacun d’entre eux. Que va-t-il leur arriver ? Qui vont-ils rencontrer ? Et fondamentalement : qui représente le mal de cette histoire ? Adoration réussie grâce au travail réalisé sur la psychologie des personnages principaux, à se sortir d’un manichéisme presque normal. Réussir à créer, encore et toujours, cette ambivalence chez un spectateur qui ne peut être en parfait accord avec ce que vont dire ou faire les personnages. Un fait très intéressant, mais qui malheureusement, ne prendra pas si le spectateur est réfractaire à une photographie stylisée et à la contemplation.

C’est très appuyé, très stylisé et peu subtile, mais d’une beauté absolument incroyable. Loin de l’artificialité de certains cinéastes qui cherchent le beau pour le beau, Fabrice du Welz et son directeur de la photographie Manu Dacosse mettent tout en place pour créer une image qui va transcrire l’état émotionnel dans lequel se trouve les personnages. Du sentiment de liberté par un cadre ouvert et large à la rage par le contre-jour, en passant par la découverte de l’autre par le gros plan et le ralenti. Transcrire la beauté et l’intensité d’une émotion brute par les moyens offerts par le cinéma. Un travail visuel absolument incroyable, quelque peu terni par une utilisation de la caméra à l’épaule là où il n’y en avait peut-être pas le besoin. Ça tremble et entache la bonne lisibilité de l’action, alors que la mise en scène parlait d’elle-même. Néanmoins, il reste un choix compréhensible, car métaphore d’un moment émotionnel et plus particulièrement de la volonté de fuir. Une oeuvre brute, intense et charnelle qui tient son concept à bout de bras. Transcrire par l’image l’intensité de la découverte d’une sentiment amoureux. Si extrêmement lent par moment, le film captive grâce à son traitement visuel et sa volonté d’appuyer les émotions par l’image quitte à trop en faire. Quitte une nouvelle fois, à perdre celui ou celle qui sera réfractaire à la contemplation et à une direction de la photographie très stylisée. Intense et charnel, des émotions portées à nue par de jeunes comédiens de talent poussés à bout par une direction d’acteur qui va dans le sens de la démarche artistique. Ne pas s’enfermer dans une forme de romantisme mielleuse, mais transcrire la brutalité du sentiment amoureux et le rendre logique grâce à la naïveté et insouciance de l’enfance. Tout un programme pour un film qui en déconcertera plus d’un, mais qui comme nous, pourrait également en enchanter plus d’un.

« Épopée poétique et animale qui manque de souffle à quelques moments, mais ne manque pas d’âme grâce à des interprètes de talent et un Manu Dacosse qui inculque par sa photographie un magnétisme considérable. »


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