Abracadabra réalisé par Pablo Berger [Sortie de Séance Cinéma]



Synopsis : “Carmen est résignée: son mari Carlos cumule tous les travers du parfait macho madrilène, et il l’assume. Mais tout change le jour où, après une séance d’hypnose qui tourne mal, il se métamorphose en mari idéal, tendre et attentionné… Carmen est conquise, mais très vite, un doute l’assaille: est-elle en droit de profiter de cette parenthèse inattendue, aux côtés d’un mari qui n’est plus vraiment lui-même ?”

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Abracadabra ! C’était en 2013… en début d’année pour être précis. Un réalisateur espagnol nous offrait un film muet en noir et blanc revisitant Blanche Neige ! Une folie totale… certes, nous avions adoré The Artist, le monde lui avait même fait la fête, mais là c’était risqué ! En plus, Pablo Berger ne signait que son deuxième film… après une première histoire érotico-coquine qui avait surpris tout le monde, Torremolinos 73. Je résume : un quasi-inconnu propose un film déroutant et muet qui pourtant rencontra son public et fit sensation dans tous les festivals où il fut présenté. Cela fait donc 5 ans maintenant que l’on attendait des nouvelles de Pablo Berger et il revient en pleine forme avec un film musical, en couleur et totalement délirant. Si Blancanieves était un film noir et blanc particulier, Abracadabra est son parfait opposé. Il passe aussi du sud de l’Espagne à Madrid, son plein centre-ville, à laquelle, lui le petit Basque attachant et bavard, adresse une jolie déclaration d’amour pour une capitale déroutante, lieu de toutes les magies. Le réalisateur propose une comédie noire sur le machisme ordinaire où un événement pourtant anodin va transformer le cours de la vie d’une femme au foyer moyenne découvrant que son mari peut devenir un ange et un agneau sauf que…

“Une folie hypnotique et drôle qu’il serait indécent de manquer.”


Vous vous doutez bien que la mécanique va se gripper très vite : une séance d’hypnose peut-elle complètement transformer un homme ? C’est là que l’histoire de Pablo Berger part dans un délire de possession par un esprit (pas forcément démoniaque) et aussi dans une critique de la domination masculine. Ce qui est amusant, c’est que le réalisateur utilise l’hypnose comme porte d’entrée de son film. Il nous hypnotise pour mieux nous happer dans son histoire de possession. Et c’est vraiment réussi, car l’humour est sans arrêt présent alors que l’esprit qui a pris possession du corps de Carlos est l’auteur d’un homicide horrible. Et dans le même temps, le réalisateur réussit à évoquer la schizophrénie sous le mode de l’humour pour mieux appréhender l’idée que derrière toute personne malade, il y a un être humain. Abracadabra est un film surprenant parce qu’en une scène d’ouverture, Pablo Berger réussit à creuser le sillon de son parcours atypique dans le cinéma espagnol. Un parcours de réflexion (là où son compère et ami Alex de la Iglesia est plus dans l’action, ce qu’il a confié lors de la rencontre organisée pour l’avant-première de présentation de son nouveau film). De la réflexion pour que le spectateur ne soit pas passif : il souhaite que le film fasse réfléchir comme pouvait le faire Blancanieves. Et ce qui devait se présenter comme l’exact opposé s’avère être le film tout à fait complémentaire. Les couleurs s’opposent au noir et blanc ? Et alors, les deux s’appuient sur une image forte et une photographie réussie, celle encore une fois de Kiko de la Rica. Mais là ne s’arrête pas la comparaison puisque que Pablo Berger a conservé son même chef décorateur : Alain Bainée ou son costumier Paco Delgado, créant un univers différent et pourtant complémentaire. C’est ce côté familial qui renforce le film et la symbolique de continuité entre les deux histoires, mais c’est surtout son scénario centré autour d’une femme forte qui va se rebeller que les parallèles s’effectuent.

Dans Blancanieves, la jeune Carmen tentait de s’opposer à sa marâtre pour fuir un passé oublié, ici Carmen va devoir aider son mari à reconstruire son présent pour mieux découvrir le passé d’un esprit et ainsi enfin s’imposer face à la domination masculine. Et toujours, toujours, une touche de mélancolie incroyable. Et pour réussir un tel tour de force, Pablo Berger fait appel à des acteurs d’exception, dont le couple composé par Maribel Verdú et Antonio de la Torre. Ce duo fonctionne à merveille et surtout nous montre l’étendue de leur talent. D’autant que chez nous, Antonio est surtout connu pour ses rôles dramatiques dans les films : Que Dios nos Perdone et La Colère d’un Homme Patient. Il dévoile des talents insoupçonnés de comique et de danseur que l’on ne pouvait soupçonner (le réalisateur nous confiant qu’il a été obligé de demander à son acteur de prendre des cours de danse à raison de deux heures par semaine pour pouvoir assurer sur la piste dans une scène que n’aurait pas renié Travolta). Et encore une fois, celle qui crève l’écran tout en laissant exister tout le casting, la force des plus grandes, c’est Maribel Verdú. Elle est drôle, touchante, adorable, décalée, déroutante et le plan final sur son regard n’est pas sans rappelé le plan final de Call me by your Name. À savoir que ce regard va vous hanter pendant un long moment au point de vous faire passer en un claquement de doigts du rire aux larmes. Et là, on ne peut qu’applaudir ! Reste juste à espérer que Pablo Berger n’attendent pas 5 autres longues années pour proposer son nouveau film… mais là il a été rassurant, il a deux scénarios sous le coude et devrait en choisir un prochainement pour nous proposer un film dans trois ans. Rendez-vous est donc pris !

En résumé, si Abracadabra est l’opposé de Blancanieves pour l’humour, il en est aussi sa continuité mélancolique. Charge contre le machisme et les manipulateurs de tout poil, Pablo Berger réussit à nous manipuler comme si nous étions les victimes innocentes de ce tour d’hypnose. Le réalisateur entraîne sa muse Maribel Verdú et Antonio de la Torre dans une folie hypnotique et drôle qu’il serait indécent de manquer.


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