A Ghost Story réalisé par David Lowery [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “…”


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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NE SURTOUT PAS LIRE LE SYNOPSIS AVANT DE VOIR LE FILM (ou même voir la bande annonce…)

Comme on a pu le voir dernièrement avec la dernière œuvre de Darren Aronofsky, Mother! (lire la critique et la double contre-critique), le cinéma est une affaire personnelle. Du cinéma à la peinture, en passant par le théâtre et la photographie pour ne citer que celles-ci, sont des formes d’art qui font appels à la subjectivité de chacun. Lorsque l’on écrit une critique ou que l’on donne tout simplement un avis sur un film, celui-ci sera forcément subjectif. C’est son avis, l’avis d’une personne et non un avis général même si deux personnes peuvent être en accord sur certains points ou sur l’intégralité des arguments avancés. La part d’objectivité est minime. Même si certains critiques s’obstinent et cherchent encore et toujours à dire le contraire, afin de prouver que leur avis est le bon. Chaque spectateur possède sa propre culture, ses propres connaissances et sa propre sensibilité. Ce n’est qu’à partir de cet avis fondé sur la subjectivité et le ressenti propres à chacun que peut surgir une part d’objectivité. Ce que l’on nommera avec aisance : bon sens. Le bon sens, chercher à être objectif sur certains points au sein d’un avis global purement subjectif est donné à tous. Mais pas réalisé par tous. Une digression sur l’art et l’art de critiquer qui semble de prime à bord peu pertinente vis-à-vis du sujet initial, mais qui permet d’y venir et de poser les bases de l’argumentation autour du film réalisé par David Lowery : A Ghost Story.

Encensé par la critique internationale, auréolé de trois récompenses (Prix de la Critique, du Prix du Jury et du Prix Kiehl’s de la Révélation) au Festival du Film Américain de Deauville 2017 et des recettes qui s’élèvent à 1,5 Million de Dollars avec une sortie limitée sur 15 puis 13 écrans aux États-Unis. À titre de comparaison le film Mother! c’est un budget de 30 Millions de Dollars, une sortie sur 2368 écrans pour des recettes qui culminent au 22 septembre à 10 Millions de Dollars (beau flop). Un très beau succès pour un petit film indépendant qui ne cesse et ne va cesser de faire parler de lui. Et ce, à juste titre. Avec le film A Ghost Story, le réalisateur américain David Lowery prouve aux yeux de tous que le cinéma, ce n’est pas avant tout une affaire de gros sous. 100.000 dollars de budget (une partie du bénéfice reçu suite au succès du film Peter et Elliott Le Dragon) pour assouvir ses envies, réaliser un film de cinéma dont transparaît du simple choix du format d’image une note d’intention valable pour l’œuvre dans son intégralité. Une note d’intention sous-jacente, déclarant que le film A Ghost Story n’est pas un film à l’ambition dévorante, mais une œuvre picturale atypique aux intentions véritables. De son format d’image à sa mise en scène, en passant par sa réalisation, A Ghost Story est une oeuvre singulière qui a cause de ses partis pris, ne parlera certainement pas à tous au premier abord.

Fonder son film, du cadrage à la mise en scène, sur le format 1,33:1, n’est pas un hasard. Un format qui nous ramène au polaroid, qui n’est autre qu’une manière de parler photographie et au fait de figer le temps au travers d’une image qui elle, traversera le temps et les âges. À Ghost Story prend le pied inverse de tous les films post Nouvel Hollywood, tant dans sa forme, que dans sa manière de traiter des apparitions et des fantômes. David Lowery revient à l’essence même de la représentation symbolique du fantôme. Quel est-il et qu’est-ce qu’un fantôme ? Le cinéaste se sert de ce symbolisme pour réaliser un drame bouleversant dont l’incontestable force première est d’être capable de parler à tous ceux qui se laisseront portés. De la représentation du fantôme, il en vient à nous faire réfléchir sur le temps qui passe, et, à ce que tout à chacun se confronte à sa propre vie par le prisme de ce couple amoureux prisonnier du temps. Une histoire simple, mais au traitement loin d’être simpliste, amplement suffisante afin que le cinéaste immerge pleinement le spectateur et qu’il s’attache aux protagonistes. Une histoire bien écrite qui ne se repose sur un des membres du couple et jongle sur les deux points de vue. Permettant d’éviter une redondance ou lassitude, tout en réussissant à caractériser avec force et émotion les deux personnages. De l’empathie, le spectateur passe à la compassion puis l’énervement avant de s’attacher et de s’émouvoir à nouveau, à l’un comme à l’autre. Le tout grâce à une mise en scène on ne peut plus stoïque (mais encore et toujours suffisante pour faire transparaître l’état émotionnel des personnages et par conséquent amplifier l’attachement émotionnel du spectateur) et des plans (majoritairement fixes) dont la durée moyenne excède la minute.

Si les premiers plans déboussolent le spectateur habitué au format 2.35:1 et à un montage didactique et dynamique, ce dernier s’y habitue rapidement. Il en vient à passer outre ces “détails”, à ne plus y faire attention, grâce à un regard qui se focalise avant tout sur les protagonistes. Un regard empathique et dont la sincérité grandissante ne fait qu’accroitre la force émotionnelle de chacun des plans. Montrer des moments anodins du quotidien, des moments dont on se moquerait habituellement au cinéma, renforcent l’attachement envers les personnages. Des moment qui ne racontent rien d’important, mais dégagent ici une force émotionnelle brute et brutale. David Lowery est guidé par l’émotion, par l’envie de partager aussi simplement qu’intelligemment une émotion entre des personnages de fiction et le spectateur bien réel.

Se servir du procédé artistique qu’est le cinéma pour raconter une belle histoire, avec de belles images et une bande originale aussi envoûtante que touchante. Un tout parfaitement harmonieux offrant à l’œuvre un magnétisme inégalable en plus d’une réelle singularité. Pas d’histoire, de réalisation ou encore de mise en scène grandiloquente pour David Lowery. La simplicité à l’état brute, une sincérité et une émotivité à l’état pur. C’est dans sa simplicité que le film A Ghost Story puise sa force et qu’en émerge une grande et belle œuvre qui prône le partage d’une émotion universelle.

Oui, A Ghost Story est une œuvre qui m’a personnellement bouleversée. Une œuvre qui n’est, de prime abord, pas accessible à tous (à cause de ses longs plans contempatifs, de son format, de sa mise en scène stoïque…), mais qui a le potentiel d’imprégner émotionnellement le public le plus large qui soit. Dépassez le simple stade de voir, ne cherchez pas forcément à comprendre les intentions du réalisateur, laissez vous porter par l’émotion, vous faire imprégner par cette dernière.

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