À Couteaux Tirés, quand Rian Johnson revisite le Whodunit

Synopsis : « Célèbre auteur de polars, Harlan Thrombey est retrouvé mort dans sa somptueuse propriété, le soir de ses 85 ans. L’esprit affûté et la mine débonnaire, le détective Benoit Blanc est alors engagé par un commanditaire anonyme afin d’élucider l’affaire. Mais entre la famille d’Harlan qui s’entre-déchire et son personnel qui lui reste dévoué, Blanc plonge dans les méandres d’une enquête mouvementée, mêlant mensonges et fausses pistes, où les rebondissements s’enchaînent à un rythme effréné jusqu’à la toute dernière minute. » 


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Après l’excellent Looper et la grosse entreprise Star Wars : The Last JediRian Johnson revient avec un projet plus simple mais aussi plus personnel. Un retour aux sources : la comédie policière qu’il avait abordé dans son deuxième long-métrage, Une Arnaque presque parfaite (2009). Ce film revisitait les codes du sous-genre du WhodunitÀ Couteaux Tirés se présentent comme un Cluedo servi par un casting assez prestigieux. Rian Johnson nous convie donc à une réunion de famille en l’honneur de l’anniversaire d’un célèbre auteur de romans policiers, Harlan Thrombey (porté par le charismatique Christopher Plummer). Un 85ème anniversaire qui sera malheureusement le dernier de l’écrivain, retrouvé mort par la gouvernante le lendemain matin. Le détective Benoit Blanc (un Daniel Craig délicieusement jubilatoire) vient donc mener l’enquête dans un manoir digne d’un polar de l’auteur, où chaque membre de la famille est un potentiel suspect : un meurtrier. 

De nouveau scénariste et réalisateur de ce long-métrage, Rian Johnson est un cinéaste qui aime raconter des récits labyrinthiques, des puzzles ayant plusieurs formes, que ce soit le motif de la boucle dans Looper ou les coups de théâtre de son Star Wars 8 qui lui ont valu la haine des fans hardcore de la saga. À Couteaux Tirés est un puzzle à part entière, un théâtre où s’enchaînent les révélations, où chaque version de chaque personnage apporte son édifice à un récit qui ne cesse d’être modifié et d’évoluer.

Sur la forme, le long-métrage propose un exercice de style pur, un récit à tiroirs à l’image de son manoir qui devient un personnage à part entière, avec ses portes cachés et ses secrets. Le montage, allié à une écriture de scénario précise et efficace, enchaîne les coups de théâtre dans un rythme effréné. Se renouvelant sans cesse dans les différentes versions des personnages, Rian Johnson pousse le spectateur dans ses retranchements, l’invitant à se creuser la tête pour rassembler les pièces d’un puzzle qui ne cesse jamais de changer, ce qui donne une forme ludique au long-métrage. Ainsi, À Couteaux Tirés devient un véritable plaisir de cinéma pour tout amateur d’Agatha Christie

On peut déceler dans le film de Rian Johnson un léger propos politique, décortiquant les névroses d’une famille américaine bourgeoise, ayant à leur service Marta (Ana de Armas), une infirmière d’origine mexicaine, issue d’une famille d’immigrée. Un personnage aux premiers abords assez lambda qui finit par devenir central dans le récit et surtout le propos politique du film : la comédie policière de Rian Johnson se voulant être une satire cruelle sur les classes sociales et le protectionnisme américain contre l’étranger latino. On pourra cependant reprocher au cinéaste de ne pas aller plus loin dans sa satire et son propos politique, sa cruauté étant finalement assez sage, se contentant de rester un pur divertissement ludique, en somme assez classique dans sa forme comme dans son fond. 

Reste le plaisir d’un casting délicieusement prestigieux, mené par un Daniel Craig qui casse définitivement son image de James Bond avec un ton comique qu’on lui connaissait peu. Chris Evans semble être dans la même procédure d’émancipation de son rôle de Captain America, délicieux d’ambiguïté et de noirceur. Enfin Christopher Plummer est toujours aussi charismatique. 


« Après son excellent Looper et l’entreprise périlleuse que fut son Star Wars 8, Rian Johnson se ressource avec un exercice de style ludique et jubilatoire. À Couteaux Tirés est un bon Cluedo, servi par d’excellents acteurs. Divertissant. »

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