96 Heures [Critique]

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“Carré est le patron de la BRB (Brigade de Répression du Banditisme). 3 ans plus tôt, il a fait tomber un grand truand, Kancel. Aujourd’hui, à la faveur d’une extraction, Kancel kidnappe le flic. Il a 96 heures pour lui soutirer une seule information : savoir qui l’a balancé.”

Pour sa cinquième réalisation, Frédéric Schoendoerffer a décidé de lâcher prise et de tout miser sur une rivalité. Sorte de retour aux sources, avec un duel aux allures de confrontation à la Sergio Leone avec d’un coté Clint Eastwood et de l’autre Lee Van Cleef en se référençant seulement aux pseudonymes qui leurs ont été attribué pour le film Le Bon, La Brute et Le Truand. D’un côté, Gérard Lanvin dans le rôle du bon flic, mais fatigué de sa vie – personnelle comme professionnelle – et de l’autre, Niels Arestrup dans le rôle du méchant truand qui sous ses faux airs de mafieux, cache un homme sentimental et également esquinté par une vie pas toujours facile. Duel au sommet entre deux acteurs de légendes, mais duel qui tombe malheureusement à plat à cause d’un scénario qui ne se trouve pas et n’arrive pas à offrir à ce duel la tension dont il a besoin. Difficile de ne pas comparer ce 96 Heures réalisé par Frédéric Schoendoerffer avec Diplomatie réalisé par Volker Schlöndorff et avec encore une fois dans l’un des rôles principaux, Niels Arestrup. En dehors du fait que l’on retrouve un acteur similaire dans les deux films, Diplomatie était un film qui s’assumait. Sous ses faux airs de docu-fiction, Diplomatie cachait un excellent huit-clos, permettant l’avènement d’un affrontement psychologique entre deux hommes, qui, d’un point de vu extérieur paraissait très différents. C’est à base de long discours que les deux hommes se livraient un véritable affrontement et ce film relatait parfaitement cet affrontement grâce à des répliques persuasives, perspicaces, mais également grâce à sa mise en scène astucieuse qui mettait l’un ou l’autre des combattants dans une position de force ou non.

Avec 96 Heures, Frédéric Schoendoerffer n’arrive pas à nous faire comprendre s’il a réalisé un affrontement direct entre deux hommes bien distincts ou bien une enquête policière qui mènera à cet affrontement au travers d’une scène ne dépassant pas la minute trente. Très hésitant dans un premier temps, le scénariste propose aux spectateurs de mettre en situation les personnages par le biais d’une séquence d’introduction. Assez longue et fortement inintéressante, cette séquence va s’achever par l’arrivée de Victor Kancel et le kidnapping de Gabriel Carré. Alors que Gabriel Carré va se retrouver captif durant 96 heures, une collègue à lui va se démené pour le retrouver au plus vite. Va donc se mettre en place une enquête policière qui n’avait à l’origine, pas lieu d’être. Le scénario de ce film déstabilise de son plein grès le spectateur, mais également l’affrontement tant attendu, en souhaitant allier le huit-clos psychologique avec une enquête policière simpliste et sans enjeux. À cause de l’arrivée progressive de personnages secondaires incarnés par Sylvie Testud et Laura Smet, le film va totalement oublier le côté psychologique du duel initial pour s’achever dans un format beaucoup plus conventionnel où les seuls enjeux qui animent le scénario ne sont autres que la partie sentimentale qui permet aux deux hommes de s’épanouir. L’affection portée envers leur famille respective, est un thème très important dans l’écriture des personnages, afin de montrer à quel point ils sont humains et sensibles. Il est intéressant de voir que les deux hommes auparavant adversaires, sont animé par les mêmes envies, les mêmes passions, mais c’est donc un nouveau tableau qui vient s’ajouter aux précédents.

Jouant simultanément sur trois tableaux (“huit-clos psychologique”, “enquête policière” et “thriller sentimental”), 96 Heures n’arrive jamais à se trouver d’un point de vu scénaristique, puisqu’il les mélange sans pour autant les développer et les utiliser correctement. Le scénario ne fait que survoler chaque genre auquel il emprunte des idées et chaque thème qu’il souhaite aborder. À cause d’un scénario laborieux, le film n’arrive également jamais à se trouver d’un point de vue rythmique. Alors qu’un thriller se doit d’avoir un rythme effréné et dynamique afin que l’immersion soit de tout instant pour le spectateur, un huit-clos se doit d’être intense et tendu, mais pas forcément dynamique. Se mettant en avant comme étant avant tout un affrontement psychologique, le film possède donc un rythme constant, qui est celui d’un huit-clos. Rythme qui n’est en aucun cas adapté pour une enquête policière. De ce fait, le spectateur se retrouve désabusé, puisqu’il fait face à un film qui propose un mélange des genres invraisemblable, tout en conservant le même rythme du premier plan, au dernier. Le film en devient donc long et soporifique, alors que par ailleurs les acteurs principaux nous proposent des interprétations très intéressantes puisqu’en parfaite corrélation avec le propos initial qui était le jeu du chat (Victor Kancel) et de la souris (Gabriel Carré).

Tandis que Gérard Lanvin reste sur la défensive en attendant l’opportunité qui lui permettrait de reprendre l’avantage sur son adversaire, Niels Arestrup paraît revanchard et ne souhaite pas laisser une miette à son adversaire, tout en lui démontrant qu’il souhaite seulement appliquer l’un de ses principes. Aucun des deux personnages n’apparaît comme un monstre avide de vengeance ou de sang. Ils ont chacun leur façon de procéder et leurs parts d’humanité. Cet affrontement est intéressant, mais n’est pas assez mis en avant que ce soit par le script ou par les dialogues qui sont beaucoup trop plats. 96 Heures est un film qui se cherche de bout en bout, mais qui ne se trouve à aucun moment. Jouant sur plusieurs tableaux, aucun n’est achevé et surtout le tout manque de cohérence. Alors que le rythme est plat de par son montage, la réalisation manque d’audace et bien que les acteurs soient bons, les dialogues manquent de punch et de conviction. Ni fait, ni à faire. Il y a les bases pour plusieurs films à la rigueur, mais on est loin de faire face à un produit fini et encore moins d’un affrontement sous haute tension. C’est l’avènement du duel sous basse-tension.

1.5

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