22 Miles réalisé par Peter Berg [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : « Un officier d’élite du renseignement américain tente d’exfiltrer un policier qui détient des informations compromettantes. Ils vont être traqués par une armée d’assassins tout au long des 22 miles les séparant de l’avion qui leur permettra de quitter le pays. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

Acteur, producteur, scénariste et réalisateur américain, Peter Berg dispose d’une filmographie aussi logique qu’intéressante. Une filmographie digne de toute personne qui a envie de faire de l’art et de pratiquer. S’il débute sa carrière en tant qu’acteur (figuration puis de nombreux seconds rôles dans des films et séries), c’est finalement vers la réalisation qu’il va rapidement se tourner. Tout en restant acteur de temps à autre au sein de productions dont il est producteur. Si des films comme Welcome to the Jungle ou encore Hancock permettent de lui faire la main, c’est un certain The Kingdom qui va s’avérer déterminant pour la poursuite de sa carrière. Film de guerre avec dans les rôles-titres Jamie Foxx et Jennifer Garner, c’est cette tonalité meurtrière et cette vision fondamentalement non manichéenne, même si parsemé de patriotisme qui va donner le ton d’une filmographie qui va gagner en puissance film après film. Lone Survivor, Deepwater Horizon puis Patriot’s Day, une fresque urbaine aussi émotionnelle que haletante grâce à un scénario qui s’offrait le luxe de ne pas s’appuyer uniquement sur une vision fermée et manichéenne des faits. Établir un portrait pour chacun des personnages afin qu’ils ne soient pas uniquement caractérisés par une action, et ce, qu’elle soit bonne ou mauvaise. À cela on ajoutera un choix dans la technique, pré établi en fonction de l’histoire qui va être contée aux spectateurs et du tempérament des personnages. Tout est lié, tout à un sens, même si le spectateur ne voit en surface « qu’un simple » film d’action, une course contre la montre de plus ou moins de deux heures. 22 Miles est donc le film de la confirmation après la claque (j’étais sorti soufflé de la projection) Patriot’s Day. Peter Berg allait-il nous en remettre une ou alors allait-il nous laisser sur le bord de l’autoroute comme avec Deepwater Horizon ?

« 22 Miles est une œuvre aussi intense que son montage peut-être frénétique, sans jamais être chaotique. »

Une équipe Overwatch a pour mission d’escorter un prisonnier hautement important sur 22 Miles. Une histoire donc extrêmement simple sur le papier. Une course poursuite hollywoodienne comme on en connaît et on en voit très souvent. Néanmoins, 22 Miles n’est pas comme les autres, et à l’inverse de ce que vous allez pouvoir lire ailleurs : non 22 Miles n’est pas un film d’action à l’action illisible, car surdécoupé et à la mise en scène/réalisation beaucoup trop intense. Ceci est évidemment notre avis, un seul avis parmi tant d’autres qui ne dit pas LA vérité, mais NOTRE vérité. Si Patriot’s Day était une fresque urbaine dotée d’une mise en scène dynamique, mais d’une réalisation qui prenait le temps de laisser les personnages évoluer dans les décors, ainsi que d’un montage assez smouth, 22 Miles est le pendant de ce dernier. Dynamique, intense, voire frénétique. 22 Miles est une boule de nerf au rythme cardiaque maintenu à moins de 90 palpitations minutes, car conscient de ce qu’il est. Une frénésie visuelle et sonore naturelle, cohérente au tempérament des personnages. Une nouvelle fois, Peter Berg répond à la problématique de tout film qui demande une certaine dose d’empathie envers les personnages afin que l’action ne soit pas veine. Problématique qui vaut pour les drames, mais également les slashers movies, ainsi que les films d’action où les personnages sont en danger chaque minute.

Si les personnages secondaires restent au stade de faire-valoir, ou plutôt, de simples morceaux de viande en l’occurrence, les personnages principaux sont quant à eux suffisamment bien établis et caractérisés. Si le personnage interprété par Lauren Cohan possède son mot à dire, c’est avant tout James Silva (interprété par Mark Wahlberg) qui donne le ton. Il possède un véritable background, une adolescence puis une évolution qui l’on transcender. Mark Wahlberg trouve ici un des personnages les plus intéressants de sa carrière. Un personnage troublé, piégé derrière un mur de béton fondé à cause d’évènements traumatiques. Il est devenu une arme qui semble dénuée d’émotion. Une caractérisation assez conventionnelle pour un film du genre, mais transcendée par la direction d’acteur de Peter Berg. Ça passe par un phrasé extrêmement rapide ou encore des phrases et mots difficiles à l’encontre de tous ceux qu’il va croiser, mais qui ne sont jamais hasardeux ni méchants. Des mots simplement justes qui leurs permettront d’être meilleurs et de ne pas, ou moins, souffrir. À cela on ajoutera quelques tics et une gestuelle qui donnent plus de consistance au personnage. Un personnage central (comme pour toutes ses collaborations avec l’acteur) sur lequel Peter Berg a fondé la construction technique de son film. Beaucoup de plans, un découpage frénétique, mais sans pour autant abuser de ce que l’on nomme couramment le surdécoupage, simplement pour faire office de cache-misère. La mise en scène est suffisamment dynamique pour qu’il ait besoin de surdécouper chaque scène, chaque action.

Par définition, le surdécoupage est l’action d’utiliser trop d’axes pour une seule scène ou encore de faire trop d’allers/retours avec les mêmes plans (master/champ/contre champ… qui seraient tous utilisés plus de 3 fois dans une seule scène, acte souvent inutile mis à part montrer la source sonore) pour montrer une seule et même action. L’exemple le plus connu étant Taken 3 et la fameuse action du protagoniste qui escalade une barrière, filmée sous plus de 10 angles différents, pour une seule et même action. Un axe aurait amplement suffi ou à la rigueur deux avec un reverse. Si pour 22 Miles on approche d’une moyenne au plan à la seconde, ce n’est pas le fruit du hasard. Certains plans sont plus longs que d’autres, mais chaque plan correspond à une action. Une marche, un coup de poing ou encore un tir. Chaque action réalisée ne sera pas montrée sous plusieurs angles, mais un seul angle pour chaque, permettant d’avoir une scène finalement extrêmement frénétique et riche en plans, mais d’une lisibilité impeccable malgré tout. Film chorégraphié par l’acteur Iko Uwais lui-même, la réalisation va venir s’adapter aux mouvements réalisés par les acteurs afin de retranscrire parfaitement cette dernière. Une corrélation parfaite entre le choix des cadres (et des focales même si on reste sur de la longue focale permettant d’aplanir les profondeurs de champ pour avoir plus d’impact et un regard déjà dirigé) et la mise en scène, tout en justifiant le découpage frénétique, car directement lié à la psychologie du protagoniste. Tout est lié, tout à un sens afin de servir l’œuvre dans sa globalité.

S’il n’atteint pas la maîtrise d’un Patriot’s Day à cause d’une histoire limitée (fondamentalement qu’une course poursuite), 22 Miles n’en demeure pas moins un film d’action redoutable. Porté par un trio de choc (Mark Wahlberg, Lauren Cohan et Iko Uwais), 22 Miles est une œuvre aussi intense que son montage peut-être frénétique, sans jamais être chaotique. Peter Berg démontre être un faiseur sur lequel on peut compter, un faiseur qui à conscience de ce qu’il fait. Entouré par ses fidèles collaborateurs, à chaque nouveau film ils tentent de nouvelles choses, expérimentent de nouvelles façons de divertir sans que cela ne soit gratuit. Si l’histoire est ici plus légère, Peter Berg n’en oublie pas de bien diriger son acteur principal afin de donner du corps à ce personnage qui va être la structure même de la frénésie viscérale, aussi bien visuelle que sonore, que vont développer le réalisateur et son équipe. Un divertissement solide qui vous coupera le souffle de son premier, à son dernier plan.



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