21 Bridges (Manhattan Lockdown), anatomie du cinéma d’action des années 80/90

Synopsis : « Une course-poursuite infernale pour appréhender deux tueurs de flics à New York. L’inspecteur Davis est prêt à tout pour les coincer, d’autant qu’une gigantesque machination se dessine derrière leurs agissements. Pour les piéger, il va complètement isoler l’île de Manhattan, fermant l’ensemble de ses ponts, dans une spectaculaire opération… La traque peut commencer. »

Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

De la télévision au cinéma, il n’y a qu’un pas. Réalisateur d’épisodes de séries à succès telles que Dexter, Les Tudors, Penny Dreadfull, Luther, Bordwalk Empire ou encore Game of Thrones, Brian Kirk s’attaque au grand écran. Si les équipes en charge du marketing autour du film avaient pu essayer d’introduire son nom auprès du grand public, ces dernières auraient préféré mettre en avant celui des producteurs. Ceux que l’on nomme « les réalisateurs visionnaires derrière Avengers : End Game », aussi nommés : les Frères Russo. Quel dommage. Alors oui, il y a débat. Si l’on commence à dire que les Frères Russo ne sont pas de bons metteurs en scène, l’on va se faire attaquer de toutes parts. Ce qui n’est en rien notre volonté, puisqu’ils ne sont pas complètement dénués de talent. Regarder de près un film comme Captain America : The Winter Soldier, c’est découvrir un duo qui sait mettre en scène l’action. Un duo qui sait comment rendre une scène d’action intense et palpable dès lors qu’il n’est pas question d’utiliser trop de personnages, des pouvoirs surréalistes et des décors pas palpables. Regarder Civil War, Ininity War ou encore End Game c’est s’infliger une mise en scène assez lourde, qui ne sait pas quoi faire de ses bien trop nombreux personnages. La seule possibilité étant de les séparer en petits groupes afin de pouvoir revenir aux fondamentaux et à des scènes d’actions plus simples à mettre en scène. Le problème n’est peut-être finalement pas les Frères Russo, mais juste le concept même du film. Là est un autre débat. Tout ça pour dire : lorsqu’il est question de dynamisme et d’action terre-à-terre, les Frères Russo savent y faire et ils l’on déjà prouvé. Les avoir en tant que producteurs exécutifs sur un projet tel que 21 Bridges est donc très intriguant.

21 Bridges, ou la renaissance d’un cinéma d’action que l’on croyait enterré. Alors que le cinéma d’action américain se veut aujourd’hui majoritairement numérique et surréaliste, 21 Bridges nous prouve qu’il peut également être terre-à-terre. Rappelez-vous ce cinéma d’action qui plaçait un inspecteur de police dans une course poursuite infernale au cœur d’une ville que vous pouviez, et pouvez encore, arpenter dans la vie de tous les jours. Un cinéma qui se veut réaliste dans ses codes et qui raconte une histoire qui va mêler tueurs de flics, du deal de drogue, de l’argent sale et des ripoux. Je suis à deux doigts de céder au fameux : « Ah c’était quand même mieux avant ! ». Sans aller jusque-là, oui ce cinéma nous manque, oui ces séries b hard boiled décomplexée nous manquent. John Wick étant devenu une marque, une licence à succès qui ne doit plus rien à ce genre dont elle est l’héritière directe. 21 Bridges c’est avant tout une histoire. Une histoire qui ingurgite volontairement chaque élément scénaristique cité précédemment. Une série b qui ne s’en cache pas et assume chacun des codes qu’elle va exploiter au cours du développement de son récit. Un récit prévisible, construit sur des stéréotypes, mais dont l’amateur du genre va se délecter tel un amateur de la pop culture peu se délecter de chaque citation dans une œuvre comme Ready Player One. Un pur plaisir qui tient finalement beaucoup de la nostalgie du genre, pouvant ne pas être cité comme un simple plaisir coupable grâce au savoir-faire de son metteur en scène, ainsi que son directeur de la photographie.

Pour qu’une scène d’action fonctionne, il faut une cohésion entre la chorégraphie et la caméra. Créer une lisibilité de l’action grâce à une harmonie entre les deux éléments. Ne pas céder aux louanges de la caméra portée et aux longs plans-séquences si la mise en scène est déjà dynamique et brutale dans ses choix de chorégraphies. Des plans fixes, des mouvements à hauteur d’épaule, mais aérée et stables afin de ne pas entacher la lisibilité. 21 Bridges est un film à la réalisation aussi sobre qu’efficace. Ne pas trop en faire, simplement aller dans le sens de la mise en scène pour transmettre l’intensité de cette dernière. Penser allègrement au cinéma de Michael Mann durant le visionnement de ce 21 Bridges n’est pas surprenant. Paul Cameron, directeur de la photographie d’un certain Collateral se cite à de nombreuses reprises, employant des idées de cadre et de découpage utilisées dans le chef-d’œuvre que l’on cessera jamais de porter en estime. Rien d’innovant, rien de créatif et d’original, mais des citations qui ont lieu d’être. Tout autant que ce 21 Bridges cite allègrement des films comme Dirty Harry, Die Hard with a Vengeance ou encore le mésestimé 16 Blocs réalisé par Richard Donner. Il n’a pas l’impact de ses références directes, il n’en a pas les fulgurances de mise en scène qui en ont fait des films marquants et importants pour tout un pan du cinéma, mais son acteur principal n’est pas en reste.

Telles les franchises Dirty Harry et Die Hard, 21 Bridges trouve en Chadwick Boseman l’étincelle de charisme nécessaire à tout bon film d’action. Un acteur charismatique, dont on peut lire la détermination sur le visage à défaut de pouvoir y lire une once d’émotion. Trop axé sur la citation facile au détriment de ses personnages, le scénario n’offre pas suffisamment de place à son protagoniste et au background de ce dernier. Le nom du personnage ne marque pas et ne dépasse jamais celui de l’acteur. On voit Chadwick Boseman évoluer dans les rues de Manhattan et non son personnage. Ce qui est un défaut considérable pour le film sur la longue durée (marquer la mémoire du spectateur), mais moins impactant sur le court terme (la durée de la séance) grâce à un excellent choix de casting. Nerveux, dynamique et impactant grâce à une belle harmonie entre la mise en scène et la direction de la photographie, 21 Bridges et une série b aussi peu originale que jubilatoire. Un scénario en retrait et en pilotage automatique qui fait dans la citation facile afin de revenir aux fondamentaux qui ont fait la gloire du cinéma d’action entre les années 80 et le début des années 2000. On regrettera une bande originale beaucoup trop sérieuse, qui aurait pu être une plus-value avec un scénario plus intimiste et moins dans la recherche d’action. Ce qui n’est ici pas le cas, la contradiction n’en est que plus dommageable sans que cela n’entache le plaisir. Une fois les lumières de la salle rallumée, pas certain que ce 21 Bridges vous reste en mémoire, contrairement au plaisir d’avoir pu découvrir un bon film d’action à l’ancienne.


« Film d’action à la mise en scène nerveuse, joliment captée pour transmettre l’intensité de cette poursuite nocturne aussi haletante que stéréotypée. »


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