120 Battements par Minute réalisé par Robin Campillo [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale.
Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean. “


Les lumières de la salle de cinéma s’allument, tu te repositionnes sur ton siège pour avoir fière allure parce que la position “je m’installe comme à la maison” ce n’est pas trop ça, et là, ton ami(e) se retourne vers toi et te pose la question fatidique…

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120 Battements par Minute réalisé par Robin Campillo [Critique | Cannes 2017]

Cannes. Sa ferveur, son line-up alléchant, ses débats, ses passions, ses controverses et ses journalistes et blogueurs qui s’enflamment à la sortie de films. De tout cela, cette édition 2017 n’en a pas manqué. Mais cette année, un film en particulier a fait l’unanimité. En plein milieu d’une effervescence cinématographique propre à la Croisette, sortaient des avis chacun plus dithyrambique les uns que les autres, à propos du nouveau film de Robin Campillo, 120 Battements par Minute. Palme d’Or annoncée, le film ne récoltera simplement que le déjà prestigieux Grand Prix, en raflant au passage le cœur de presque tous les festivaliers. Alors que le film s’apprête à sortir, 3 mois après sa présentation, et l’exaltation médiatique toujours aussi présente, que peut-on retenir de ce brûlot, film témoin d’une partie des années Act-Up ?

120 Battements par Minute soulevait autant d’excitation que de crainte chez moi lorsque je suis entré dans la salle pour le voir. L’excitation était due à son sujet, un film sur Act-Up, organisation-choc qui s’était battue pour la visibilité du sida, pour une meilleure prévention, un meilleur suivi des malades. Un sujet en forme de mine d’or. De l’autre côté, l’enthousiasme généralisé cannois ne me disait rien qui vaille, tant certains films avaient été portés aux nues pour retomber comme des soufflés à leur sortie en salle (La Vie d’Adèle étant l’exemple le plus récent et le plus fort). Le résultat final se situe comme souvent quelque part entre les deux.

120 Battements par Minute apparaît en fait comme autre chose qu’un film. Il est un objet filmique bâtard, intéressant de par ce qu’il montre de ce qu’a été la lutte des années 90 sur le Sida, faible par son manque d’inventivité, et sa mollesse dans les scènes plus intimes, plus romancée. La faute, en majeure partie, à une réalisation factuelle, rapprochant l’ensemble d’un Wikipédia imagé, plus que d’un grand film de cinéma.

Une œuvre nécessaire pour son propos, à défaut de l’être cinématographiquement

En effet la faiblesse du film se révèle dans tous les moments plus simples, en dehors de la vie exaltée, dans l’urgence de l’association. Dans ces scènes là, filmées comme des assauts de films policiers, où les militants envahissent laboratoire pharmaceutique, lycée, conventions à grand renfort d’action-choc, la réalisation bancale du film n’impacte pas la puissance du propos, qui émerge simplement des situations. On ressent puissamment la détresse, la rage qui habite les militants, mais par leurs actions, leurs paroles, et jamais grâce à l’usage de la caméra qui enchaîne les plans factuels, sans transcender les scènes. Plan large pour introduire le lieu, plans resserrés lors des dialogues et confrontations, plans poitrine lorsque l’on se concentre sur l’action d’un personnage en particulier. Copier-coller. L’avantage c’est que lors des scènes de débat ou d’action, l’émotion se crée d’elle-même. Le désavantage, c’est que le reste du temps, le manque de dynamisme est pénalisant. Et que ce “reste du temps”, c’est la moitié du film.

Le film a réellement deux parties bien distinctes en son sein, ce qui confère au film un certain équilibre, mais qui amène aussi un ennui certain au bout d’un moment. Une grande partie du film se concentre ainsi sur une romance entre deux personnages (je simplifie pour ne pas spoiler) de manière beaucoup trop conventionnelle d’une part, mais également en faisant perdre au film de son rythme. Si cette romance se justifie en terme de propos, et que son traitement paraît juste, elle n’évite pas les poncifs du drame français tire-larmes, tout en répétant en version longue ce qui a déjà été dit dans le film. Et comme dit plus haut, il existe dans le film une réelle limite technique qui fait que les scènes plus simples, dans l’intimité, sont particulièrement ennuyeuses à regarder. Il n’en reste pas moins que cette romance est touchante, mais elle l’est par son déroulement et pas par son exécution.

120 Battements par Minute gagne donc en pudeur, ou en rage, ce qu’il perd en technique pure. Le film est un bancal enchaînement de drame basique, et de brûlot qui défonce toute la politique menée à l’égard du traitement de la maladie et des malades. Le film n’hésite jamais à incriminer directement avec des noms ou des dates ceux qui n’ont rien fait, jusque dans les plus hautes sphères politiques, pour aider les malades.
Si le film apparaît comme une œuvre essentielle (mais peut-être incomplète par son manque de conclusion quant à la situation actuelle de la lutte), il est également trop limité pour marquer en tant que grand film, au-delà d’un message indispensable.


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