12 Jours réalisé par Raymond Depardon [Sortie de Séance Cinéma]

Synopsis : “Avant 12 jours, les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement sont présentées en audience, d’un côté un juge, de l’autre un patient, entre eux naît un dialogue sur le sens du mot liberté et de la vie.”


Du 10 au 18 novembre dernier se tenait la 37ème édition du festival international du film d’Amiens. Entre coups de cœur et coups de gueule, émerveillements et maux de tête, retrouvez nos avis sur les films en compétition internationale vus durant ce festival. Des avis courts, mais pas trop et écrits à chaud, afin de vous offrir un premier avis sur les films qui feront, ou non, prochainement l’actualité.


Pour son nouveau documentaire, 12 Jours, Raymond Depardon (Les Habitants, 2016) se consacre à filmer la psychiatrie selon un dispositif de mise en scène frontal : dans un hôpital psychiatrique non cité dans le film, les patients internés en urgence sont évalué par un juge lors d’une audience qui a lieu au bout de 12 jours d’internement. Au cours de cette audience, un juge décide si la personne doit rester à l’intérieur de l’hôpital ou si elle est libre de sortir.

Ce dispositif de mise en scène amène le cinéaste à filmer un lieu dans lequel peu de caméras ont eu la permission de filmer. Par ailleurs, Le film nous rappelle dans son introduction que les noms par lesquels sont nommées les patients dans le film sont purement fictifs, afin de protéger leur intimité et leur personne. Le nom de l’hôpital est également fictif. À partir de ce principe, une part de fiction prend sa place dans la mise en scène de Raymond Depardon. Et c’est ainsi que le cinéaste part d’un point de départ pour dresser le portrait de “personnages” à part entière, mais dont les histoires sont bien réelles.

A travers la simplicité de ce dispositif, Raymond Depardon filme, sans jugements, les entretiens de ces patients, de manière frontale avec un regard profond et sincère, humain, sur ces personnes dont la folie est filmée de près. Mais le cinéaste nous rappelle que ce sont avant tout des être humains. Des êtres humains victimes d’une société. L’intelligence de ces portraits résident dans l’identification et la compassion que le spectateur éprouve face à ses “personnages”, chose que permet le cinéaste en donnant une explication, un motif à leurs folies. À l’exemple de l’un des patients qui souffre d’une paranoïa provoquée par la peur du terrorisme, d’une femme souffrant de dépression nerveuse à cause de conditions de travail qui la pousse à bout, Raymond Depardon contextualise les troubles de ses “personnages” dans une réalité qui est la nôtre, celle de notre société et des marginaux qu’elle engendre.

Le tout donne à voir une certaine spontanéité dans ces entretiens, avec des personnages aux parcours différents, aux troubles différents, n’hésitant pas à obliger le spectateur de regarder la maladie de près, même si parfois certains entretiens dérange et mettent mal à l’aise. Entre les entretiens, le cinéaste filme la déambulation de ces patients dans les couloirs de l’hôpital, dans la cour, sur une musique d’Alexandre Desplat. Des moments de contemplation lyrique, figé dans le temps à l’image de ces personnages qui sont isolés entre quatre murs, chose que le cinéaste n’hésite pas à nous rappeler par moment, tout comme il n’hésite pas à filmer les interactions entre les personnages et la caméra pour rappeler la réalité de ce que 12 Jours nous raconte.

Déambulant dans les couloirs de ce lieu, au milieu de ces résidents, la caméra du cinéaste capte des moments de vie, filmant avec une certaine mélancolie ces patients dans des cadres composés, avec lenteur et contemplation, créant un espace cinématographique à part entière qui devient le reflet de notre réalité. Un théâtre où se joue les procédures administratives, les décisions, parfois sévères, des juges, que Raymond Depardon filme comme un témoin dans un tribunal, sans oublier pour autant d’humaniser ces portraits en les faisant exister au delà du cadre. Raymond Depardon signe un portrait, un constat de notre société et des malheurs qu’elle engendre, tout en filmant des personnages plein d’humanité, avec frontalité et sincérité.

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